REPRISE DES HOSTILITÉS
Les Dégociations échouèrent et l*on reprit les hostilités, les alliés étant renforcés par les Autrichiens et bientôt après par la défection des Bavarois. Avant la rupture, j'eus l'ordre de reconnaître tous les passages de la Bohême depuis les frontières de la Saxe jusqu'au Bober, qui était la ligne de démarcation sur le front que j'occupais, ma droite s'appuyant aux montagnes. Dans le même temps, les alliés entraient en Bohème; ils y portèrent leurs principales forces et m'attaquèrent deux ou trois jours avant l'expiration de l'armistice. Ils crurent me surprendre, mais j'étais en mesure; au lieu de cantonner mes troupes, j'avais formé des camps assez rapprochés pour se réunir promptement.
Ce fut le lendemain de mon retour à Ldwenberg que j'eus l'avis que l'ennemi attaquait; je me rendis à moitié chemin du lieu indiqué, je n'entendis rien et ne vis rien; les mouvements de l'ennemi étaient masqués par des accidents de terrain et des monticules. Ne recevant aucune nouvelle ultérieure, je pensai que le poste attaqué ayant été forcé, le détachement qui le défendait s'était retiré sur un autre et n'avait pu se replier sur Ldwenberg, comme il en avait l'ordre. Pour éclaircir ce doute, et pendant que l'on préparait mon déjeuner, je pris un piquet de cavalerie et m'acheminai lentement, avec précaution, vers le point d'où j'avais eu l'avis que l'ennemi marchait; j'y arrivai : tout y était tranquille; on m'y informa que l'ennemi s'était en effet présenté, mais s'était retiré aussitôt; avis m'en avait été transmis par ordonnance, je ne l'avais pas reçu, le porteur s'étant égaré ou enivré.
J'avais fait trois lieues jusqu'à cet endroit, et autant de Lôwenberg dans ma première reconnaissance; nos chevaux avaient autant besoin de se rafraîchir que nousmêmes; j'acceptai un mauvais déjeuner, mais offert de
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bon cœur. Prêt à remonter à cheval pour m'en retourner, un ofDcier m'arriva à bride abattue pour m'informer que Tennemi avait passé le Bober juste au point d'où j'étais parti, et que son attaque avait été si prompte qu'on n'avait pas eu le temps d'atteler mes équipages, qui probablement étaient pris; il n'en avait pas la certitude, parce que, dès l'apparition de l'ennemi, il avait couru à ma recherche. Je supposai que ce ne pouvait être qu'une simple reconnaissance et me décidai à retourner; mais je n'eus pas fait une demi-lieue que de nouveaux avis et des fuyards vinrent conflrmer le premier. Je me trouvai ainsi coupé du point principal et de la presque totalité de mes forces; j'attendis encore, quelques heures jusqu'au retour des éclaireurs que j'avais envoyés aux nouvelles; leurs rapports étaient d'accord. Je pris enfin le parti de faire un grand détour en ramenant ce poste avancé; nous marchâmes tout le reste du jour et toute la nuit et arrivâmes à Lôwenberg exténués de fatigue. Là j'appris ce qui s'était passé : le corps de Lauriston, qui m'avait joint la veille, s'était réuni à mes troupes et tous ensemble ils avaient rejeté l'ennemi de l'autre côté du Bober; ils avaient fait quelques pertes, et moi j'en étais pour mes équipages. Sur l'information que je donnai à l'Empereur de cet événement, il accourut avec des réserves et sa garde. Nous avions fait des prisonniers et nous sûmes que l'attaque principale des alliés devait avoir lieu par la rive gauche de l'Elbe. L'Empereur crut néanmoins avoir le temps de forcer le passage du Bober; nous l'effectuâmes en effet, prîmes Bautzen et poussâmes jusqu'en avant de Goldberg. L'Empereur retourna à Dresde; chemin faisant, il apprit que les empereurs d'Autriche et de Russie avaient débouché de la Bohème et marchaient sur cette ville; en descendant la montagne qui la domine, il
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put voir la position des alliés. Il arriva encore à temps, les battit et les força de se retirer; malheureusement on ne les suivit pas assez vivement. Il fit seulement marcher contre eux le corps de Vandamme; celui-ci, se croyant soutenu, poussa hardiment et s'engagea dans le défilé de Tœplitz ; un corps ennemi se trouvant coupé» les alliés se retournèrent et attaquèrent Vandamme qui fut bientôt pris à dos par ce même corps qui ne cherchait qu'à s'échapper; serré entre deux feux dans une espèce d'entonnoir, Vandamme succomba, fut fait prisonnier, et avec lui la presque totalité de ses troupes (i). L'Empereur indisposé, disait-on, était retourné à Dresde avec sa garde et ses réserves pendant que ce désastreux événement avait lieu. Suivant l'habitude, tous les torts retombèrent sur Vandamme, qui n'avait été là coupable que de trop d'ardeur.
Après que l'Empereur m'eut quitté pour retourner à Dresde et livrer bataille aux alliés, comme je viens de le dire, il me fit appeler et me dit qu'ayant besoin du maréchal Ney, il mettait sous mes ordres son corps d'armée avec celui de Lauriston et la cavalerie du général Sébastiani. Ney etSébastiani opéraient du côté de Liegnitz et, je ne sais par quelle méprise, ils s'étaient mis en retraite. L'Empereur me parla de la nécessité immédiate d'une diversion et me dit que c'était dans ce but qu'il réunissait ces quatre corps d'armée, y compris le mien, sous mes ordres; il m'ordonna de me porter rapidement avec eux pour menacer Breslau et les débouchés de la Bohème en Silésie. Je retournai aussitôt à mon corps et nous marchâmes de suite. Une rencontre de cavalerie vers Goldberg nous fut désavantageuse; malgré les efforts
(i) C'est la bataille de Kulm, du 30 août 1813; la bataille de Dresde, gagnée par TEmpereur, avait été livrée trois jours auparavant, le 27.
des généraux Reiset et d'Audenarde, la mienne lâcha pied; je courus la rallier et me mis à sa tète pour conduire une nouvelle charge; je la lançai et me croyais suivi, lorsque celle de l'ennemi vint à ma rencontre ; averti que la mienne rebroussait chemin, il fallut bien me retourner. La tête de mon infanterie débouchait et passait un grand ravin; le général Meunier commençait à former un carré qui, dans ce moment, avait la forme d'un œuf; me voyant poursuivi et serré de près, il m'invita à y entrer avec lui; je refusai en le côtoyant; l'ennemi ne s'exposa pas à son feu ; d'ailleurs il n'était là que pour couvrir sa retraite. Nous le suivîmes vivement, mais il fallut s'arrêter pour donner au général Souhara, qui avait le commandement du corps de Ney, et au général Sébastiani le temps de joindre.
Le premier reçut l'ordre de partir du point où il était pour se porter sur Jauer, et tourner la droite de l'ennemi, tandis que je l'attaquerais de front sur la Katzbach; le général Lauriston tenait la droite de ma ligne (i). Le général Sébastiani arriva, poussant devant lui un fort détachement de cavalerie qui vint se mettre entre deux feux; il nous échappa cependant par un rapide mouvement de flanc. Il pleuvait depuis la veille. On crut apercevoir, de la hauteur d'où se retirait l'ennemi, la tète de colonne du général Souham; j'ordonnai à quelques escadrons avec de l'artillerie légère d'aller reconnaître, et pendant ce temps je me portai à la droite de ma ligne, assez éloignée, et je dis à Lauriston de faire passer la Katzbach par quelques troupes légères pour tàter la force de l'ennemi sur sa gauche. De tous ces ordres, clairement expliqués cependant, aucun ne
(1) Bataille de la Katzbach, livrée le 26 août 1813 contre Tarmée de Silésie, commandée par Blûcher.