BATAILLE DE LA KATZBACH SOS
fut suivi exactement; ainsi le général Souham, qui avait reçu le sien à temps, n'exécuta pas le mouvement qui devait tourner la droite de Tennemi; il vint se jeter sur le corps de cavalerie du général Sébastiani qui continuait à se porter sur la hauteur, quoique j'eusse commandé seulement quelques escadrons pour reconnaître. C'est de retour de ma droite que je vis et appris ces contre-mouvements. L'ennemi, dont le centre était en pleine retraite, mais qui n'était plus inquiet pour sa droite, rebroussa chemin et je le vis mettre son artillerie en batterie.
Parmi ces contre-mouvements, on fit l'énorme faute de porter beaucoup de canons sur la hauteur ; le terrain étant déjà détrempé, on avait de la peine à les mouvoir; j'ordonnai d'en faire descendre la plus grande partie, mais le chemin était embarrassé par d'autres pièces et par la cavalerie qui montait la côte. Je prévis à l'instant ce qui allait arriver et, par précaution, je fis avancer une division d'infanterie pour protéger les deux armes sur le plateau. Il continuait à pleuvoir; les hommes ne pouvaient faire usage de leurs fusils. Descendu de ma personne, je fis dégager \e bas de la côte ; le chemin avait tout au plus douze ou quinze pieds de large ; on n'y pouvait tourner ; il fallait que tout ce qui s'y trouvait engagé gagnât le sommet pour redescendre, ce qui demandait du temps. Pendant ces difficultés, l'ennemi déployait une nombreuse cavalerie sous la protection de son artillerie, et son infanterie suivait en colonnes. Je n'avais pas de nouvelles du général Souham ; j'ignorais même alors s'il avait reçu mes ordres; les mouvements de l'ennemi étaient une preuve évidente qu'au moins, s'il les avait reçus, il ne les exécutait point. Je ne pouvais, sans ce corps» entreprendre aucune chose, encore moins livrer bataille, quoique l'ennemi ait ainsi qualifié cette
affaire. Dans le même temps, Lauriston, cédant un peu sur sa gauche, passa la rivière avec une partie de ses troupes; il fit une charge de toute sa cavalerie. Au centre» nos pièces, enfoncées jusqu'à Tessieu, ne purent être retirées; les soldats du train et les canonniers les dételèrent et ramenèrent les chevaux; l'ennemi n'osa pasdescendre.J'aidéjàditquerinfanterienepouvaitfaire usage de ses armes; postée sur le penchant de la côte, elle s'était mise hors des atteintes de la cavalerie. C'est alors que la tête de colonne du général Souham vint encore encombrer la position du général Sébastiani, qui était au désespoir de la perte de son matériel. Souham me balbutia de mauvaises raisons pour n'avoir pas agi sur les points que mes ordres lui indiquaient.
Il se faisait tard; la pluie continuait à tomber, les terres étaient détrempées, les ravins s'enflaient, les ruisseaux débordaient; dans cet état de choses, j'ordonnai la retraite sur Goldberg. Une marche de nuit dans une circonstance pareille occasionna beaucoup de désordre; la pluie ne discontinuait pas. Lauriston désira reprendre le chemin par où il était venu à travers les montagnes; je lui observai qu'il serait vraisemblablement impraticable; il insista et je cédai d'autant plus volontiers que la continuité de notre marche rétrograde en deviendrait plus facile ; mais ce que j'avais seulement soupçonné se réalisa ; il trouva des débordements et fut dans Tobligation de rebrousser chemin; l'une de ses divisions le flanquait; elle reçut Tordre de se diriger de manière à faire sa jonction avec lui et avec nous; il fallut protéger le retour de Lauriston. A un mauvais déûlé, plusieurs équipages, après l'avoir traversé, prirent à travers les terres, au lieu de suivre le chemin, et s'y enfoncèrent, les miens entre autres. J'arrivais en ce moment; on déchargea les caissons que Ton retira plus facilement;