‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 167 sur 262 · DÉSORDRE DE LA RETRAITE · texte numérisé non relu

DÉSORDRE DE LA RETRAITE

néanmoins on en perdit. Nous gagnâmes un endroit assez couvert; on y posta la cavalerie. On devait trouver près de là la petite division du général Lauriston qui flanquait son corps : elle n'avait pas paru ; on alla aux nouvelles sans en rapporter. Toutes les troupes marchaient en désordre, percées jusqu'à la peau, et comme le corps de Lauriston et le mien se rendaient à L5wenberg, nous apprîmes que le pont du Bober avait été retiré, la rivière ayant débordé ; par conséquent, plus de passage. Je ne pouvais, à cause des inondations qui s'étendaient partout, communiqueravecles corps Souham et Sébastiani qui se retiraient de leur côté sur Bunzlau où il y avait un pont de bois déjà fort ébranlé; les sapeurs mirent toute leur industrie à le conserver.

J'attendis vingt-quatre heures la petite division; la cavalerie me faisait dire qu'elle ne pouvait tenir plus longtemps dans la position où je l'avais postée; elle avait inutilement fait chercher la division égarée. Sur ces entrefaites, quoique l'eau couvrît le chemin qui conduisait à Bunzlau où marchaient Souham et Sébastiani, le bruit se répandit parmi les troupes que le chemin était praticable, n'y ayant de l'eau qu'à mi-jambe; là-dessus et sans ordre, elles s'ébranlèrent en confusion, sans qu'on put les retenir ; je les laissai donc aller. Force me fut de rappeler ma cavalerie et d'abandonner la division égarée à elle-même, persuadé qu'elle se tirerait seule d'affaire par une autre direction; mais j'eus la douleur d'apprendre plus tard que, par les lenteurs de la marche du général (i) qui la commandait, elle fut contrainte de capituler. La pluie avait cessé, le soleil se remontrait; nous forçâmes de marche et arrivâmes enfin à Bunzlau où je trouvai les généraux Souham et

(i) Le général Pothod.

Sébastian i ; leurs corps avaient en grande partie traversé le pont, comme firent les deux autres, et continuaient de s'en aller en désordre sur Bautzen; j*envoyai des ordres pour les y rallier. Je ne pouvais connaître nos pertes; sauf celle du matériel sur la hauteur de Jauer et la petite division, elles furent peu considérables. Toutes les troupes ralliées, je pris position.

J'avais adressé un rapport de toutes ces circonstances i Dresde. L'Empereur à qui, naturellement, la perte parut grande, se figurait qu'elle l'était encore davan< tage; il crut trouver les troupes en désordre et démoralisées; il fut agréablement surpris de les trouver réunies et en bonne contenance.

L'ennemi nous avait suivis; lorsqu'il vit notre position, il ne parut pas vouloir tenter une attaque. L'Empereur ne lui laissa pas Talternative ; arrivé avec sa garde et ses réserves, et sans me dire autre chose que ce dont je l'avais informé était fâcheux, il m'ordonna d'avancer et d'attaquer. Nous fûmes bientôt prêts et nous marchâmes vivement; l'ennemi fut mené battant par notre cavalerie, qui passa momentanément sous les ordres de Murât; il tint pourtant assez ferme sur la montagne de Hochchellenberg. Pendant qu'on l'y attaquait, TEmpereur, apercevant le général Sébastiani près de moi, vint à nous et le traita comme le dernier des hommes; j'en fus indigné et le témoignai. Son grief contre le général était, non la perte de son artillerie sur le plateau de Jauer, mais celle de son dernier canon. Sébastiani, comme je l'appris de l'Empereur dans ce moment même, lui avait expédié, sans m'en prévenir, un rapport particulier; il interrogea Taide de camp porteur de ce rapport, le pressa de questions, et celui-ci lui dit que son général, auquel il ne restait qu'un canon et qui craignait de le perdre, l'avait envoyé avec

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