CONCENTRATION SOUS DRESDE
les équipages, lesquels, par un autre malheur, furent pris sur nos derrières par des partisans. L'Empereur ajouta que la perte de l'artillerie était un événement de guerre, mais que celle de la pièce qui avait été prise avec les équipages était ce qui l'irritait, attendu que l'artillerie était faite pour protéger la troupe, et non pour être protégée par des équipages. Je défendis vivement et cordialement le général Sébastiani. L'Empereur s'en retourna en me laissant de nouveau le commandement et le soin de suivre l'ennemi.
Sébastiani était furieux avec raison, car il n'avait pas été ménagé devant ses troupes mêmes; il voulait se brûler la cervelle, se faire tuer ou donner sa démission ; j'eus grand'peine à le calmer.
L'ennemi opérait rapidement sa retraite et la poursuite n'était pas moins vive. Il repassa la rivière dé Queiss que je laissai entre nous; de nouveaux renforts lui étant arrivés, il tenta de me tourner; j'avais l'ordre de ne point m'exposer à des affaires sérieuses : à mon tour, je me retirai, mais lentement; nous eûmes ainsi alternativement des allées et venues. Il ne paraissait pas non plus se soucier d'entamer une attaque, à moins d'y trouver son compte; cependant, comme il montra des forces très nombreuses, je me repliai jusqu'à quelques lieues de Dresde. Nous étions fort malheureux pour les vivres et les fourrages; les détachements que j'étais obligé d'envoyer pour fouiller les villages et les fermes étaient souvent forcés d'en venir aux mains, et les soldats qui s'en allaient isolément pour le même objet tombaient la plupart au pouvoir de l'ennemi. Nous nous minions ainsi en détail; mais le moment n'était pas éloigné où des opérations décisives mettraient un terme à cet état de choses; les alliés s'y préparaient.
Dresde, où se tenait l'Empereur, était le pivot de
rarmée à cheval sur les deux rives de l'Elbe; nous restions sur la défensive; les communications étaient interceptées avec la France, d'où nous ne tirions plus de secours depuis la reprise des hostilités. L'Empereur m'envoya, un matin, l'un de ses ofQciers d'ordonnance pour me demander mes idées sur notre situation et ce qu'il était convenable de faire. Nous étions au mois d'octobre; point de distributions, sinon ce que l'on pouvait enlever à main armée; mais le soldat avait à discrétion les pommes de terre qu'il récoltait sur le terrain où il était campé. Je dis franchement à l'officier que, si l'Empereur ne prenait pas immédiatement l'offensive, — si, toutefois, il prévoyait des chances de succès, ce qui, dans mon opinion, était improbable, puisqu'on n'avait pu jusque-là forcer l'entrée de la Bohême — il nous exposait à de sérieuses catastrophes, l'armée s'afTaiblissant tous les jours par les maladies et les pertes ordinaires de la guerre; qu'une malheureuse affaire nous affaiblirait davantage et userait les munitions qu'on ne pourrait pas remplacer; que les magasins étaient vides, le pays ruiné; que, dans cette situation, le parti de la prudence commandait de se retirer immédiatement sur la Saale, en laissant une forte garnison à Leipsick, et d'évacuer les places de l'Oder avec lesquelles on pouvait encore communiquer, et surtout celles de l'Elbe. L'officier s'effraya un moment d'être porteur de pareilles propositions : « Allez, lui dis-je, l'Empereur comprendra leur importance; il me saura gré de ma franchise. > Il revint, quelques heures après, me dire qu'il avait rempli sa mission, que l'Empereur, étant au bain, l'avait fait entrer, et, après l'avoir écouté avec attention, n'avait fait d'autre objection que celle-ci, à savoir que la Saale n'était pas une position défensive, qu'il n'y avait que le Rhin, et que, puisque je pensais qu'il