‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 169 sur 262 · ORDRES CONTRADICTOIRES · texte numérisé non relu

ORDRES CONTRADICTOIRES

y avait nécessité de se retirer, nous irions sur le Rhin, c Allez dire cela au maréchal >, ajouta-t-il. c Aussi, répondis-je à TofDcier, la position sur la Saaie, dans mes idées, n'est que provisoire; les défilés en sont difficiles et nous pouvons y retenir l'ennemi plus longtemps que sur l'Elbe. > Il s'en retourna; à peine était-il parti qu'un autre officier d'ordonnance vint m'apporter un ordre, non pour commencer l'exécution préliminaire de ce projet, mais pour me porter de suite en avant. Mes reconnaissances et détachements aux vivres étaient partis; j'étais fort afFaibli, par conséquent; je dis à l'officier de faire observer à l'Empereur que je ne pourrais me mettre en mouvement qu'après leur rentrée, et d'ajouter que, dans cette obligation de faire courir pour les vivres, je le priais de me faire donner ses ordres vingt-quatre heures d'avance. Il ne fut pas longtemps à revenir, et me dit que l'Empereur désirait que je partisse sur-le-champ avec ce que j'avais de troupes , que les absents rejoindraient plus tard, et que lui-même venait avec sa garde et ses réserves.

Je marchai donc; les chemins étaient fort gâtés; je laissai ma grosse artillerie de position ainsi que mes bagages en arrière. Un bois nous séparait de l'ennemi; à notre vue, il replia ses avant-postes sur les hauteurs de Bischofswerda. Nous laissions à notre droite une faible ligne de sa cavalerie dont nous étions séparés par un profond ravin qui se prolongeait en circuit et couvrait aussi la colline où j'avais laissé mes pièces de position parquées. Pendant que je faisais attaquer les hauteurs de Bischofswerda, l'Empereur arrivait à cette artillerie; il me fit appeler; je le trouvai occupé à aider à la mettre en batterie et poussant de l'épaule avec les canonniers. t Sur quoi voulez- vous tirer? lui dis-je. — Sur cette ligne de cavalerie, là-bas, devant nous. —

Mais elle est hors de portée, repris-je, je Tai vue en revenant; ce ne sont que des observateurs; ils sont sur une seule ligne. —N'importe >, répondit-il; et il ordonna de commencer le feu. Nous ne pouvions pas voir tomber les boulets et cette cavalerie restait immobile; je ne pouvais pas comprendre son but. Au dix-septième coup, il fit cesser ce feu inutile en disant : < Il nous coûte trop cber. > L'ennemi était forcé sur les hauteurs, on le suivait. L'Empereur m'appela en particulier et me dit : € Vous êtes étonné que j'aie fait tirer. — Oui, dis-je, parce que cette cavalerie ne valait pas un coup de canon, et que, d'ailleurs, elle était hors de portée. > Elle venait, en outre, de se replier. « C'est, ajouta l'Empereur, que, à toute volée, on attrape toujours quelque chose, peut-être un homme de marque; voyez Moreau : c'est un boulet perdu qui l'a tué, à Dresde; voyez Duroc, voyez Bessières. » En effet, Moreau avait eu les deux jambes emportées par un boulet à toute volée.

L'Empereur porta son quartier général à Harta ou Horta; il m'invita à dtner et, au lieu de parler de nos affaires, il ne s'entretint que d'un procès d'anciens fournisseurs; comme je lui demandais son opinion sur l'issue de ce litige, il répondit en riant que plaideurs, témoins et défenseurs mériteraient tous d'être pendus. En le quittant, je lui demandai ses ordres; il me dit qu'il fallait qu'il dormît auparavant; il me les envoya; ce fut de marcher, parce qu'il voulait joindre l'ennemi et lui livrer bataille. Je fis ordonner à mon avant-garde, qui était au delà de Bischofswerda, d'avancer. Un officier d'ordonnance de l'Empereur m'accompagnait pour lui rendre compte aussitôt de la position de l'ennemi qui n'était pas loin. Comme j'étais en chemin, un aide de camp vint me prévenir qu'il montrait de très grandes forces; l'officier

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