‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 171 sur 262 · BATAILLE DE LEIPSICK SIS · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LEIPSICK SIS

L'armée formait alors, en avant de Leipsick^un croissant dont les extrémités s'appuyaient à l'Ëlster. Je faisais presser l'Empereur de remplacer mon artillerie : il détacha enfin une compagnie de sa garde qui m'arriva très à propos, car l'ennemi, remarquant que de ce point on ne répondait plus à son feu, jugea qu'il avait éteint le mien, et comme il n'apercevait pas de troupes, il pensa pouvoir s'établir sur l'endroit culminant où j'étais; je ne tardai pas à le détromper. Pendant qu'il se présentait avec assurance, mes troupes se montrèrent tout à coup, protégées par la batterie qui m'était arrivée ; il rétrograda et son feu d'artillerie recommença, mais moins vivement; il ménageait ses munitions ou bien il avait eu aussi une partie de ses pièces démontées.

Je me promenais sous ce feu avec le colonel Bongars, déplorant ensemble le grand nombre de victimes étendues à nos pieds; préoccupé seulement de ce qui se passait sous nos yeux et de la triste issue que je prévoyais, je regrettais alors que le canon m'épargnât, tandis que tant de braves en étaient atteints f Pendant que nous discourions sur ces tristes circonstances, je vis à ma gauche l'ennemi rétrograder et le corps du général Reynier, formé sur deux lignes, se porter en avant; la première était composée du contingent saxon, la seconde de Français. Je fis préparer mes troupes pour les porter en avant; mais quelle ne fut point ma douleur en voyant cette première ligne s'arrêter sur la position que l'ennemi venait de quitter, se retourner et faire feu sur la seconde 1 Jamais l'histoire n'a signalé une semblable trahison; lorsque j'éprouvai, l'année précédente, la défection des Prussiens, au moins eurent-ils pour le moment la pudeur de ne pas faire feu sur nous. Étonnée, surprise, la seconde ligne lâcha pied et fut poursuivie immédiatement par cette même première

ligne qui, un instant avant, était sous nos drapeaux. Comme il y avait connivence, Fennemi appuya ce mouvement, et il eût été décisif pour lui, si l'Empereur ne fût accouru sur ce point pour l'arrêter et rallier la seconde ligne.

Il commençait à se faire tard; le feu se ralentissait des deux côtés et unit par s'éteindre. Chacun conservait ses positions, au moins sur le point où j'étais depuis le matin; mais notre gauche avait été poussée plus près de Leipsick. Nous passâmes ainsi la nuit dans la plus grande surveillance, prévoyant de notre côté une retraite trop tardive, mais ne m'attendant pas à la catastrophe du lendemain.

Un offlcier me fut envoyé du quartier général pour me donner Tordre de me retirer sur le faubourg de Leipsick où aboutit la grande route de Dresde, mais il s'égara et ne m'arriva qu'à sept heures du matin (1). Un brouillard épais couvrait heureusement les positions, et je pus me replier sans être aperçu ; les autres corps de l'armée avaient opéré le même mouvement rétrograde; nous formâmes une nouvelle ligne. Les parcs ne pouvant être évacués, on les faisait sauter; rien n'était plus propre à donner l'éveil à l'ennemi sur une retraite décidée, dont il ne manqua pas de profiter, en s'avançant sur les hauteurs qui me dominaient. Les jardins du faubourg étaient fermés par des clôtures en terre; elles pouvaient servir à la chicane contre l'infanterie et la cavalerie, mais étaient incapables de résister au canon. Nous avions barricadé toutes les issues, crénelé des murs, mais tout cela nous fut de peu de secours contre une grêle de boulets qui faisaient de grands ravages dans les maisons et parmi les troupes. L'ennemi vint

(1) Le 19 octobre.

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