‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 172 sur 262 · COMMENCEMENT DE LA RETRAITE SH · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE LA RETRAITE SH

en colonnes serrées; nous Tarrétâmes momentanément. Le feu était très vif, lorsque le général Girardin, alors aide de camp du prince de Neuchâtel, m'apporta Tordre d'envoyer sur-le-champ une division à l'extrême droite, au secours du maréchal Augereau : c Voyez, lui dis-je, si je puis me dégarnir; j'ai bien plutôt besoin de renfort; allez reporter cela à l'Empereur. — J'ai rempli ma mission, dit-il; vous ferez ce que vous voudrez >; et il partit. Je n'avais pas même assez de troupes pour faire face partout; mais réfléchissant que si le corps du maréchal Augereau et, par suite, les intermédiaires entre nous deux étaient forcés, moi, qui formais une pointe, je serais tourné et coupé, je me déterminai à envoyer, non une division, mais une brigade de la division hessoise.

Pendant ce temps, quoique nous défendissions le terrain pied à pied et que le faubourg eût été pris et repris plusieurs fois, nous étions acculés sur le boulevard de la ville. On me rendit compte alors que la brigade hessoise revenait, n'ayant trouvé ni amis ni ennemis sur le point désigné, ce qui me surprit étrangement. Pressé en front, j'invitai le prince Poniatowski à tenter, avec le peu de cavalerie qui nous restait, une dernière charge, pendant que je ferais replier l'infanterie sur le pont, afin d'y passer l'Ëlster. La division hessoise, pendant ce temps, entrait dans la ville; je crus que le général Marchand, qui la commandait, lui en avait donné l'ordre ; mais, au lieu d'aller passer l'Elster par la grande rue qui aboutissait au pont, elle monta sur les remparts et commença à faire feu sur nous. Cette nouvelle trahison acheva de décourager nos troupes; elles se replièrent en confusion et, malgré mes efforts pour rétablir l'ordre, elles m'entraînèrent avec elles. Pour combler nos infortunes, j'appris alors que le pont, notre unique communication, avait sauté I

Cette affreuse nouvelle, que l'on chercha inutilement à cacher, jeta partout la consternation; sur les figures se peignaient la stupeur, la rage, le désespoir, et je n'étais pas des moins animés. Avant, pendant et après la bataille, aucune précaution n'avait été prise pour franchir TElster et le défilé jusqu'à Lindenau, quoiqu'il eût été facile de pratiquer un grand nombre de passages pour les différentes armes et même pour les divers corps sur une rivière aussi étroite. Aucune troupe n'avait été non plus postée sur la rive gauche pour protéger la retraite, au cas que le pont fût resté intact ou qu'on en eût établi d'autres; cependant le grand quartier général et l'Empereur lui-même étaient alors à Markranstadt. Je ne sais encore comment qualifier cette coupable indifférence : ineptie, lâcheté, ou absence de tout sentiment, de tout regret de sacrifier tant de monde à la fois I

Il y avait quelques heures que le pont était anéanti, mais le bruit du canon, la fusillade, les caissons qui sautaient, les parcs que Ton détruisait, empêchèrent d'entendre le bruit de l'explosion. On voulut mettre à la charge d'un officier supérieur du génie la responsabilité d'un tel événement, mais on n'osa pas le faire passer devant un conseil de guerre, car il est resté évident qu'il n'avait reçu aucun ordre et qu'au contraire il avait proposé au major général de pratiquer des passages pendant la bataille, et que celui-ci avait répondu qu'il serait temps lorsque l'Empereur le prescrirait. Voici la version la plus probable de cette catastrophe : on fit miner le pont, on y laissa un malheureux caporal et quelques artilleurs ou sapeurs, avec l'ordre de le faire sauter s'ils apercevaient l'ennemi. Ces pauvres gens savaient, entendaient, voyaient qu'une partie de l'armée était encore sur la rive droite, mais ils ignoraient s'il n'y avait pas d'autres passages; ils aperçurent quelques tirailleurs

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