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NOUVELLES DE HANAU

foUut donc renverser la cuisine, charger les équipages et atteler. Il n'y avait dans ce dernier village qu'une mauvaise maison, tandis qu'où j'étais et où il vint, c'était un château inhabité, mais meublé.

Par mes informations, je sus que l'armée bavaroise était à Hanau; on ne connaissait pas sa force; elle avait commencé à y arriver dès la veille et continuait ce même jour. Elle n'avaft donc eu que le temps d'envoyer un détachement à Gelnhausen et des partis de cavalerie sur divers points. Une personne qui était revenue de Hanau le soir même et avait vu de ses propres yeux, me donna les renseignements ci-dessus.

L'Empereur me fit appeler et me demanda s'il était en sûreté, sa garde n'étant pas arrivée encore : < Je n'en réponds pas, lui dis-je; nous sommes arrivés de nuit, peu avant vous, et j'ignore même si toutes mes troupes ont suivi. — Nous sommes donc aux avant-postes? — Oui. 1 II me retint à dîner, et envoya chercher la personne arrivée le soir même de Hanau et dont je lui avais rapporté les dires; il aimait à interroger lui-même; elle ne lui en apprit pas davantage. Il prétendit que les Bavarois ne tiendraient pas devant lui; il eut lieu d'être détrompé le lendemain.

Au point du jour (1), je me mis en marche ; à peu de distance, nous rencontrâmes les avant-postes, soutenus par une forte avant-garde. Il fallut m'arrêter pour attendre que notre cavalerie vint croiser le sabre avec celle de l'ennemi; nous l'acculâmes au bois de Hanau, où il rentra; nous l'y suivîmes. Il s'y engagea une fusillade que le peu de troupes que j'avais ne pouvait soutenir; cependant, je les fis rentrer à plusieurs reprises 80U8 le couvert; je fis de même charger la cavalerie

(1) Le 30 octobre.

2td SOUVENIRS DU MARÉCHAL MACDONALD

pour appuyer ce peu d*infanterie. Il y avait plusieurs heures que nous faisions ce manège, lorsque, voulant voir au delà du bois ce qui se passait, je m'avançai avec plusieurs ofOciers par la grande route ; au débouché, nous fûmes salués par une nombreuse artillerie et par une fusillade qui nous contraignit de rentrer promptement sous bois; mais j'avais eu le temps de jeter un coup d'oeil sur la position de l'ennemi, et ce que je remarquai n'était nullement propre à nous rassurer ni à donner confiance à nos troupes.

Tous mes messages à l'Empereur pour l'avertir de la résistance que nous éprouvions et delaréduction de nos faibles moyens, dont par bonheur l'ennemi ne pouvait pas juger, parce que nos soldats étaient disséminés dans le bois, enfin, pour lui demander de prompts secours, tout cela était inutile. On me pressait de me rendre moimême près de lui; mais je craignais qu'en m'éloignant la troupe ne se décourageât; ma présence la maintenait encore. Comme il n'y avait pas plus d'un quart de lieue jusqu'au quartier général, je me décidai enfin, et, pour n'être pas remarqué, je poussai une nouvelle charge de cavalerie dans le bois et je partis au galop. Ayant joint l'Empereur, je lui parlai très énergiquement de l'état des choses. « Que voulez-vous que j'y fasse? dit-il avec indifférence; je donne des ordres et l'on ne m'écoute plus; j'ai voulu faire réunir tous les équipages sur un point avec une escorte de cavalerie, eh bien I personne n'est venu. — Je le crois bien, répondis-je ; beaucoup ont de l'expérience ou de l'instinct ; ils présument avec raison que la communication par laquelle vous vouliez les diriger n'est pas plus libre que la nôtre; mais, dis-je, remarquez que notre situation n'est pas ordinaire; il faut forcer le passage et envoyer, sans perdre un instant, tout ce que vous avez là de dis-

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ponible. Votre garde, pourquoi n'est-elle pas en marche? Dans peu, nous sommes tous f..... si elle n'arrire pas promptement. — Je n'y puis rien t, me répond-il froidement. Autrefois, d'un signe, d'un geste, d'une parole brève, tout s'ébranlait; autrement il eût fait feu des quatre pieds I Cependant, il appela le major général, qui prétendit aussi avoir donné des ordres. Il les renouvela, on battit la générale, et je m'en retournai avec la promesse qu*une partie de la garde allait arriver et serait mise à ma disposition. J'annonçai cette nouvelle qui releva un peu les soldats du découragement On continuait à fusiller, à exécuter de petites charges : la garde n'arrivait point; Timpatience reprenait le dessus. Enfin, on aperçut les bonnets de feutre; je les fis remarquer, en annonçant que cette troupe allait nous remplacer et que l'on se reposerait.

Quatre bataillons de chasseurs arrivèrent; le général qui les commandait me demanda mes ordres ; je fis déployer la moitié en tirailleurs, appuyés par des pelotons, et les deux autres en ligne pour les soutenir. Us entrèrent en action; la vue seule de ces bonnets fit reculer Tennemi, qui sortit du bois; mais il était encore difficile d'en déboucher et même d'en garnir la lisière; l'ennemi tirait à mitraille et lançait des obus. On se maintenait ; c'était déjà beaucoup. L'Empereur parut, suivi de sa garde et d'autres coips; il me demanda des renseignements, que je lui donnai, en évaluant les forces ennemies à trente mille hommes au moins. < Peut-on voir sans danger sa position? ajouta-t-il. — Sans danger, non; mais il faut risquer, comme je l'ai fait mcHmème. — Eh bien, allons! > Et de nous mettre en marche. Comme on s'ébranlait, un obus vint tomber et éclater près de lui, sans blesser personne; incontinent, il s'arrêta, mit pied à terre, et depuis lors jusqu'au

8oir, il n'y eut pas moyen de le tirer hors du bois. Il chargea le général Drouot de reconnaître, à la droite de la route, un emplacement pour y établir Tartillerie de la garde ; il y avait danger imminent, mais ce brave général, aussi modeste que distingué, n'en tint compte. Poar opérer unediversion sur ce point, TEmpereur ordonna àla cavalerie de la garde de déboucher par la grande route; les grenadiers à cheval étaient en tète ; ils s'élancèrent, mais furent ramenés et protégés par un régiment de gardes d'honneur, composé de jeunes gens de bonne famille, qui en étaient à leur début, et cependant montrèrent une grande résolution. Les grenadiers se rallièrent derrière ce régiment, pendant que les dragons reprenaient la charge et repoussaient Tennemi à son tour ; ce fut avec succès, car ils rompirent des carrés.

Le général Drouot était parvenu, non sans de grandes pertes, à établir ses batteries; successivement on en établit d'autres sur d'autres points. On était également parvenu à la lisière du bois ; l'ennemi reculait partout et repassait la rivière; mais il défendait Hanau et avait encore vis-à-vis notre droite une forte batterie que Ton ne parvenait pas à éteindre et qui nous faisait assez de mal. On pouvait tirer grand parti de la retraite des Bavarois; mais l'Empereur, resté tout le jour dans le bois, ne voyait rien, et chacun agissait à sa guise, par conséquent sans ensemble. On croyait avoir assez fait, ayant gagné la rivière et fait reculer l'ennemi; mais on ne remarquait pas que, dans notre situation, il s'agissait de passer et que, tant que Hanau ne serait pas emporté, la communication ne redeviendrait pas libre.

Le jour était avancé, et la batterie dont je viens de parler nous incommodait beaucoup; elle tirait toujours et à coup sûr au débouché de la grande route; j'y étais de ma personne. La cavalerie de Nansouty venait le

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