BATAILLE DE HANAU
long du bois; je rengageai à faire une charge sur cette batterie et à l'enlever; il refusa, sous prétexte que sa troupe était trop fatiguée, c Faites-en le simulacre >, lai dis-je; mais sa réponse fut la même. Je lui parlais avec assez de chaleur lorsqu'un aide de camp de l'Empereur, le général Flahaut, vint à passer; me voyant très agité, il me demanda ce que j'avais : « Voyez, lui dis-je, un peu d'effort et cette batterie serait à nous. Si l'Empereur était ici, on agirait, sinon avec vigueur, du moins on ferait le devoir; dans notre position, il s'agit de vaincre tous les obstacles et de passer. — Voulezvous l'Empereur? dit-il, je vous l'amène. — Oui, dis-je, si vous le pouvez. > Il était déjà tard, et au lieu de venir lui-même, il envoya à Nansouty Tordre d'agir; celui-ci s'ébranla enfin; mais dès que Tennemi aperçut le mouvement, il se retira, ce qui eût été un grand avantage pour nous quelques heures plus tôt.
J'avais rallié mes débris à la lisière du bois, à gauche de la grande route. Nous étions ainsi à une petite distance de Hanau ; quelques troupes s'y dirigeaient, mais une vive fusillade les arrêta hors de portée. Nous étions au repos depuis quelque temps, lorsque je vis sortir du bois et défiler par la grande route, près de laquelle j'étais, une colonne informe, à la tète de laquelle était une torche allumée. On vint me dire que le bruit s'était répandu, je ne sais comment, de l'évacuation de Hanau, et comme l'Empereur devait y trouver un bon gîte, il s'était mis en marche sans autre information. C'est devant lui qu'était la torche; tout ce qui était dans le bois suivait péle-mèle, troupes, équipages, chevaux de main, artillerie, etc. Je demandai mon cheval pour gagner la tète et avertir de l'erreur; mais cette masse qui s'élargissait en débouchant du bois faisait obstacle à mon passage; un fossé sur la gauche du chemin me
força aussi de le côtoyer; cependant, à quelques pas de là, je le traversai et marchai un moment pour gagner la tête. Soudain quelques coups de fusil l'arrêtèrent et Ton vit la torche faire un à droite et décrire une courhe pour rentrer dans le bois d'où sortait toujours la masse informe s'élargissant et serrant sur la tète subitement arrêtée. Je me trouvai ainsi pris dans la cohue sans pouvoir avancer ni reculer et sans avoir pu joindre l'Empereur. Je voulais repasser le fossé et regagner la lisière du bois que je regrettais beaucoup d'avoir quitté; mes tentatives furent inutiles; enfin impatienté, je donnai l'ordre à mon escorte de gendarmes de mettre le sabre à la main pour me dégager; ils se mirent en devoir d'obéir en criant : Place t place f Une seule voix se fit alors entendre dans cette masse : c Qu'est-ce que c'est que ces gendarmes qui font tant d'embarras? > C'était celle du comte Daru, intendant général de l'armée. Je ne jugeai pas devoir répondre ni me faire connaître; je parvins à passer et à regagner le poste que j'avais quitté, tandis que la masse se débrouillait comme elle pouvait. Si l'ennemi en avait eu connaissance et qu'il fût sorti de Hanau, le désordre eût été plus considérable et les pertes immenses; mais heureusement il ne songeait qu'à se retirer.
Au milieu de la nuit, l'Empereur m'envoya l'ordre de réunir une batterie d'obusiers et de tirer sur la ville; l'ennemi ne riposta pas, ce qui fit juger qu'elle n'était point armée. Il l'évacua au point du jour et nos troupes y entrèrent. A peine la nouvelle en parvint-elle dans le bois que la même masse qui y était rentrée en sortit avec non moins de confusion que la veille. L'Empereur passa lui-même et m'envoya l'ordre de relever les troupes dans la ville, devant être relevé ensuite moimême par le corps du général Bertrand. Je ne m'étais