A TRAVERS HANAU
pas aperçu que ce qui m'était resté de soldats était parti en se joignant au torrent qui s'écoulait pour gagner Francfort, où l'Empereur se rendait de sa personne. Je fis courir après eux et l'on m'en ramena environ cent cinquante que je fis rentrer dans Hanau pour remplacer une troupe qui n'était guère plus nombreuse. C'était le général Souham qui la commandait : je le trouvai dans une maison du faubourg; il en partit et j'entrai dans la ville. L'ennemi en était peu éloigné, de l'autre côté de la rivière. La place avait une enceinte, mais ne pouvait pas résister à un coup de main. Au moment où je me mettais à table pour déjeuner, le chef de bataillon du génie Tuilier, que j'avais envoyé monter au clocher, vint me dire à Toreille que l'ennemi s'avançait : « Retournez, lui dis-je, et faite&-moi savoir quand il approchera de la porte. — Il en est peu éloigné, ditil, et vous n'avez que le temps de vous retirer. > En effet la fusillade commençait; je laissai donc là le déjeuner, et faisant appeler l'ofiQcier supérieur qui commandait mon petit groupe d'hommes, je lui dis de tenir ferme et qu'il serait immédiatement remplacé. En sortant de la ville, je rencontrai le général Bertrand qui avait l'ordre de nous relever; il me demanda combien de troupes il fallait faire entrer : c Trop, répondis-je, ne sera pas même assez >, et je continuai mon chemin.
Ce ne fut qu'à Francfort que je retrouvai mes faibles restes; le détachement que j'avais laissé à Hanau nous y rejoignit. J'eus Tordre de continuer ma route sur Mayence, où j'arrivai le soir. Le pont de bateaux avait été tellement encombré par les troupes, l'artillerie et les équipages qui se succédaient, qu'il en avait beaucoup souffert et que deux pontons étaient prêts à couler; il avait donc fallu arrêter le passage et fermer les barrières de la tète de pont. Mon chef d'état-major, qui me précé-
dait, avait fait afficher à l'entrée que tout ce qui appartenait à mon corps devait se rendre à (i) et y cantonner.
L'Empereur me fit appeler le lendemain et me retint à dîner. 11 passa en revue les circonstances et les événements de cette campagne; il s'étendit sur la mauvaise foi des alliés, surtout de l'Autriche à Prague, pendant les négociations du congrès. Caulaincourt, son grand écuyer, et le comte de Narbonne, son aide de camp, m'avaient dit cependant qu'il n'avait tenu qu'à lui de conclure, qu'à la vérité il aurait fallu faire des cessions de conquêtes ou de réunions, mais qu'il lui serait resté l'Italie, le Rhin pour limite, et le protectorat de la Confédération helvétique, et qu'ils l'avaient pressé d'y consentir, sinon que l'Autriche ferait cause commune avec la Russie et la Prusse. Elle ne cachait déjà plus qu'elle était liée par un traité, ce qui était depuis quelques mois évident, puisque les alliés, battus au commencement de la campagne, s'étaient retirés en Silésie, au pied des montagnes de la Bohême, prêts à y entrer s'ils y étaient forcés, ce qu'ils n'eussent point fait si l'Autriche eût conservé sa neutralité. lisse seraient bien gardés de s'exposer à capituler au pied de ces montagnes dont toutes les communications leur auraient été coupées, s'ils avaient perdu une bataille décisive; aussi, sans la certitude qu'ils avaient de la coopération de TAutriche, en se retirant de Jauer, ils eussent repassé l'Oder par Breslau; la prudence le leur commandait; mais l'Empereur, s'aveuglant et se faisant fort de son ascendant sur la cour de Vienne qu'il croyait que sa qualité de gendre avait fortifié, s'était obstinément refusé de consentir à la cession de la Hollande et des
(1) Le nom manque dans le manuscrit.