‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 180 sur 262 · DIALOGUE DE MAYENCE · texte numérisé non relu

DIALOGUE DE MAYENCE

villes hanséatiques, ainsi qu'à renoDcer au protectorat de la Confédération du Rhin; mais lorsque Tarmistice fut dénoncé, il ût autoriser ses plénipotentiaires à faire ces concessions; ceux des alliés répondirent qu'il était trop tard et que la guerre déciderait.

€ Pourquoi, lui dis-je, n'aviez-vous pas consenti plus tôt? L'armée le désirait vivement, l'honneur des armes était réparé ; ses principaux chefs l'ont sollicité tant en son nom qu'au nom de la France en détresse. Moi-même je vous ai fait sentir le danger de la situation; je vous ai représenté qu'elle avait eu hien de la peine à lutter contre l'empereur de Russie et le roi de Prusse; que serait-ce donc lorsque l'Autriche, la Suède et d'autres petits États se joindraient à eux? Nos pertes, il est vrai, étaient un peu réparées, mais comment? par des enfants de nouvelle levée, par de jeunes chevaux non dressés, déjà fatigués par des marches longues et forcées ; la reprise des hostilités ferait de nouveau intercepter nos communications; un échec considérable nous perdrait infailliblement ; nous n'avions ni approvisionnements, ni magasins; par-dessus tout il fallait éviter le découragement. > Toutes ces raisons n'avaient produit sur lui aucune impression dans le temps des négociations; aujourd'hui il convenait de leur justesse, c Je n'ai pas consenti à ces cessions, me dit-il, parce que je craignais que les alliés, devenant plus exigeants, ne me demandassent autre chose. — Mais alors, pourquoi, répliquaije, avez-vous fini par y consentir? Si vous l'aviez fait à temps, vous eussiez rendu évident votre désir de la paix; la France et l'armée vous en auraient su gré et peut-être auraient-elles fait plus d'efforts pour la conquérir. Cependant toutes les données s'accordaient sur ce que les prétentions des empereurs se bornaient à ces concessions. Vous pouviez faire plus, vous débarrasser avec

honneur de ce ver rongeur qui détruit vos vieilles troupes en Espagne et ruine le Trésor, en montrant une modération dont l'évidence eût frappé la France, vos armées et l'Europe, en rendant l'Espagne à elle-même et à son souverain. — Oui, dit-il, cela est vrai, mais à présent, il faut garder ce pays pour des compensations, f

Pendant cette conversation, on lui remit le bulletin des alliés sur les événements de Leipsick ; il y avait peut-être de l'exagération dans ces récits, mais il faut convenir que l'ensemble n'était que trop véritable; leur victoire les enivrait, et il y avait de quoi. Notre situation à Mayence était pour la France et pour l'Europe une preuve frappante de nos revers, des affreux malheurs déjà éprouvés et de ceux qui ne tarderaient pas à nous menacer et à nous accabler, si la paix, qu'il faudrait sans doute acheter par de nouvelles concessions, ne venait pas promptement en garantir Farmée et la France. A ces observations il répondit qu'il allait essayer de renouer les négociations, mais qu'il voulait conserver la ligne du Rhin, ce dont je tombai d'accord avec lui.

Il me dit que j'allais partir pour Cologne et prendre le commandement de la ligne depuis Mayence jusqu^à Wesel : < Et des troupes ? lui dis-je; avec quoi défendrai-je le passage du Rhin sur un si grand développement? — Je vous en enverrai; il en marche de tous les côtés et on lève trois cent mille hommes. Vous aurez quatre-vingts bataillons et soixante escadrons. L'ennemi, concentré jusqu'ici, sera obligé de s'étendre et nous serons forts partout sur les points vulnérables. » Il croyait que les alliés, fatigués, prendraient leurs quartiers d'hiver sur la rive droite du Rhin et lui laisseraient ainsi le temps de reformer et de renforcer ses armées; mais en moins de deux mois nous eûmes à décompter.

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