‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 186 sur 262 · COMBAT D'ARCIS · texte numérisé non relu

COMBAT D'ARCIS

sur le versant du côté d'Arcis, ayant des vedettes sur la crête; de cette manière Tennemi n'eût pu apprécier sa force. En y arrivant, nous nous trouvâmes presque face à face avec les éclaireurs; nous fîmes promptement ' demi-tour, mais j'eus le temps de donner un coup d'œil et de voir le développement des alliés marchant à nous avec résolution. < Courez, me dit encore le duc de Reggio; courez à Arcis. — Lorsque j'aurai dépassé vos troupes, répondis-je; car un mouvement de galop en arrière les intimiderait et pourrait les rompre. Vous avez trois ponts, ajoutai-je, deux à droite et à gauche, un autre àa milieu de la ville ; faites-les reconnaître de suite. > Je le quittai, marchant au pas; mais dès que j'eus dépassé la ligne, je piquai mon cheval et arrivai à Arcis; l'Empereur n'y était plus; il était monté à cheval et avait suivi la direction des troupes sur Vitry. Un officier de l'état-major général m'attendait pour avoir des renseignements, avec mission de me dire de tenir à Arcis jusqu'à nouvel ordre.

Les troupes du duc de Reggio, serrées de près, ren* traient en désordre; il était à craindre que l'ennemi ne passât dans le pêle-mêle ; il était déjà sur le pont. Le maréchal avait une division en réserve; je l'engageai à la faire avancer. Il était de la plus grande importance de reprendre le pont; on s'y battit avec acharnement; nous le reprîmes; enfin on se mit en devoir de le rompre. La nuit était venue; mes troupes commençaient à arriver ; elles furent postées à tous les passages; néanmoins, nous n'étions pas sans inquiétude sur des entreprises nocturnes.

Un officier vint du quartier général demander des nouvelles et m'apporter Tordre de tenir deux ou trois jours ; l'illusion de l'Empereur sur la retraite des alliés n'était pas encore dissipée. Enfin le jour commençant à

poindre, nous vîmes l'ennemi tranquille dans ses positions ; il demeura ainsi toute la journée, mais vers le soir il s'ébranla, paraissant prendre la direction de Vitry. Je fis aussitôt partir une division pour l'y prévenir, arrêter son mouvement et protéger le mien; toutes nos troupes eurent ordre de suivre, une partie de ma cavalerie restant en arrière pour contenir le plus longtemps possible les troupes qui déboucheraient d'Arcis. De la route que nous suivions nous pouvions voir la marche des colonnes ennemies; nous nous hâtâmes de traverser un mauvais défilé. La journée du lendemain se passa en escarmouches; mais prévoyant une attaque sérieuse pour le soir, je rangeai mon infanterie sur une position favorable, non loin du passage de la Marne; l'artillerie la couvrait; ma cavalerie, qui faisait larrièregarde, reçut Tordre de ne pas tenir, si celle de l'ennemi montrait l'intention de la charger, et de venir se ranger derrière ma ligne, pour ne pas masquer son feu. Pendant ces dispositions, j'étais fort inquiet, car je voyais en arrière de ma gauche les principales forces alliées longeant la Marne, et je craignais avec raison qu'elles ne prévinssent au passage de la rivière la division que j'y avais envoyée; c'étaitmon seul point de communication avec TEmpereur. Il suivait toujours son idée de la retraite de l'ennemi qui, disait-il, ne faisait ces démonstrations que pour nous mieux tromper sur ses véritables intentions de gagner le Rhin. Il continuait donc son mouvement sur Saint-Dizier et Vassy. Pour ma part, j'étais suivi et en arrière de ma droite Vitry était occupé par l'ennemi. Les deux partisse rencontrèrent tout près du passage de la Marne; le leur fut heureusement repoussé par la division française, et comme la nuit approchait, ils ne jugèrent pas à propos de s'engager de ce côté-là et nous laissèrent maîtres d'un point

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