‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 188 sur 262 · DEVANT VITRY · texte numérisé non relu

DEVANT VITRY

garnison qui couvre les remparts? Ils ne sont qu'en terre, c'est vrai, mais fraisés et palissades, et les fossés remplis d'eau ; comment les traverser? — Faites ramasser et jeter des bottes de paille, répondit l'Empereur. — Mais, répliquai-je, où en prendre? il n'y a rien dans les villages aux alentours; et d'ailleurs, ferait-on avec des bottes de paille des ponts assez solides? et est-ce dans l'état où sont ces pauvres soldats qu'on peut tenter avec espoir de succès un pareil coup demain? > Gomme il insistait, je lui dis sèchement : c Hasardez-le avec votre garde, si vous le voulez, mais mes troupes ne sont point en état dans ce moment >, et je le laissai. Il fit reconnaître les environs et les rapports confirmèrent l'impossibilité de l'entreprise.

On me remit alors un petit bulletin imprimé de l'ennemi, détaillant l'enlèvement d^ grand convoi d'artillerie qui avait été réuni à Sézanne et de toute l'escorte faite prisonnière, après s'être vaillamment défendue à Fère-Ghampenoise où la rencontre avait eu lieu; les noms des généraux, officiers supérieurs et d'administration y étaient portés; j'y trouvai tous ceux qui appartenaient aux corps sous mes ordres. Je portai cet imprimé au major général, avec prière d'en] donner immédiatement communication à l'Empereur : t Ma foi nonl dit-il; la nouvelle est trop fâcheuse; remettez-le vous-même. — Non, dis-je, vous êtes notre intermédiaire; c'est dans vos fonctions. » Nous discutions avec assez de chaleur; mais, réfléchissant que la connaissance de cet événement ne pouvait manquer de changer les dispositions de l'Empereur et qu'il n'y avait pas un moment à perdre, je repris le bulletin et le lui portai. Il était seul près d'un feu de bivouac : < Vous êtes bien ému! me dit-il, qu'avez-vous? — Lisez, lui dis-je. » Il parcourut le bulletin et me dit en souriant : « Il est faux;

du reste, c'est l'habitude des alliés. — Comment! faux! lui dis-je; mais toutes les circonstances y sont détaillées; je reconnais tous les noms et fonctions; le grand parc devait précisément être arrivé à Fère-Champenoise. ^ A quelle date du mois sommes-nous aujourd'hui? demanda-t-il. — Au 27 mars. • Et l'affaire avait eu lieu la veille. < Voyez, me dit-il; la date porte le 29, et ce n'est qu'après-demain! > Je m'étonnai un instant; je n'avais pas fait attention d'abord à la date. < C'est sans doute une erreur, repris-je; cette malheureuse affaire a dû avoir lieu hier, au point indiqué. > Je repris l'imprimé et retournai au bivouac du major général, où étaient ses officiers et les aides de camp de l'Empereur. < Eh bien! qu'a dit l'Empereur?— Il ne croit pas à l'authenticité du bulletin. — Permettez-vous que je le voie? t médit le général d'artillerie Drouot. Il examine, compare et ajoute : < Vous n'avez que trop raison, monsieur le maréchal; c'est une faute d'impression, c'est un 6 qui a la queue tournée en bas. > Je portai cette explication à l'Empereur qui ne fit d'autre observation que celle-ci : c Diable! ceci change la thèse. > Il se promena quelques instants et me dit : c Alors, vous croyez donc que l'on ne peut enlever Vitry d'un coup de main? — Je pensais, répondis-je, que vous en étiez convaincu. — C'est vrai, dit-il ; eh bien ! allons-nous-en ! — Et où voulezvous aller? — Je n'en sais rien encore; mais provisoirement je vais me porter à Saint-Dizier. Restez, ajouta-t-il,; faites l'arrière-garde ; contenez l'ennemi; empèchez-le de sortir de la ville. Je vous enverrai des ordres; je trouverai sûrement des rapports à Saint-Dizier. — Quels qu'ils soient, dis-je, Paris laissé sans défense aura succombé avant votre arrivée, si vous vous y dirigez, et quelque diligence que vous fassiez. A votre place, je me rendrais en Lorraine, en Alsace, et réunissant une partie

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