‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 189 sur 262 · RETOUR VERS PARIS · texte numérisé non relu

RETOUR VERS PARIS

de leurs garnisons, je ferais une guerre à mort sur les derrières de l'ennemi, coupant ses communications, interceptant ses convois, ses renforts ; il sera obligé de rétrograder, et vous vous appuierez sur nos places. — J'ai déjà, dit-il, donné au général Durutte l'ordre de rassembler dix mille hommes autour de Metz; mais, avant de me décider, il faut que j'aie des rapports. > Il partit. Je reçus dans la nuit l'ordre de me retirer à Saint-Dizier, et là un autre pour suivre l'Empereur qui avait pris la direction de Vassy, Doulaincourt et Troyes. Le projet de se jeter en Lorraine et en Alsace fut donc abandonné.

J'arrive enfin au terme de cette lutte désespérée. Notre longue agonie politique et militaire va finir par un coup de tonnerre. Un nouvel ordre de choses va commencer sous lequel vous êtes né, mon fils, et sous lequel nous vivons aujourd'hui, le règne des Bourbons.

Cette antique race renversée du trône, son chef devenu victime de la Révolution, la famille errante depuis lors à l'étranger tenta par des proclamations répandues avec profusion de relever ses chances; aucun militaire ne se laissa séduire, mais ses partisans se réveillèrent, à Nancy d'abord, où le comte d'Artois, aujourd'hui régnant, avait hasardé de se rendre, ensuite à Paris, où quelques-uns se montrèrent déterminés, après toutefois que la ville eut capitulé.

Je marchai sur les traces de l'Empereur ; j'étais arrivé entre Troyes et Villeneuve-l' Archevêque lorsqu'un ordre me parvint de faire halte partout où je me trouverais; en post'Scriptum on ajoutait : c Vous savez sans doute que l'ennemi est mattre de Paris. » Quoique nous dussions nous attendre à cette douloureuse catastrophe, elle fit sur nous une impression d'autant plus vive que

nt SOUVENIRS DU MARÉCHAL MACDONALD

l'ennemi pouvait se venger de l'incendie de Moscou, qui cependant n'était pas de notre fait, malgré le brait qui en avait été répandu dans le temps et trouvait encore créance. Paris renfermait ce que j'avais de plus cher au monde, enfants, parents, alliés, famille, amis, et le peu que je possédais, hormis cette terre où j'écris cette notice.

L'Empereur avait devancé les débris de son armée ; c'est à quelques lieues de Paris, où sa présence devait en imposer, où il se promettait de tenter les derniers efforts pour retarder Tennemi, attendre notre arrivée et du moins succomber avec gloire, c'est à quelques lieues de Paris qu'il apprit sa reddition. Je pensais qu'il allait rebrousser chemin avec nous et se replier sur nos places fortes ; au lieu de cela il nous appela à marches forcées près de lui.

La nouvelle répandue delaprise de la capitale fut l'occasion d'un commencement de découragement ; beaucoup de soldats quittaient leurs drapeaux pour rentrer chez eux; quoique dans notre propre pays, nous manquions de tout ; on ne vivait que de ce que l'on pouvait ramasser en maraudant. Le dégoût s'était même emparé de quelques généraux ; l'un d'eux refusa de charger l'ennemi qui pressait un peu l'arrière-garde, s'écriant devant sa

troupe : « F , que Ton nous donne la paixl > Un an

après, il se compromît, se vit arrêté et ne fut sauvé que par les événements du 20 mars. Exilé ou évadé ensuite, il est mort fou dans une maison de santé.

Le bruit circulait que l'Empereur nous appelait pour tâcher de reprendre Paris ; j'en eus moi-même des avis indirects et confidentiels; on me suppliait de me rendre en personne au grand quartier général pour essayer d'amener l'Empereur à faire la paix, à ne pas compromettre les restes de la France et de l'armée, à abdiquer

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