ABDICATION DE L'EMPEREUR
que ferez-vous? Voulez-vous le roi de Rome pour mon successeur et rimpératrice pour régente? » Tous, unanimement, nous acceptâmes, c II faut d'abord, ajoutat-il, traiter d'une suspension d'armes et je vais envoyer des commissaires à Paris; je désigne pour remplir cette importante mission, les maréchaux princes de la Moskowa et duc de Raguse, et le duc de Vicence. Ces choix vous conviennent-ils? > Nous répondîmes affirmativement.
Il rédigea l'acte d'abdication, dont la rédaction fut changée deux ou trois fois. — Cependant, je n'ai pas bien présent à l'esprit si ce fut précisément dans ce moment même; je le crois, toutefois, sans l'afftrmer. — Les alliés ayant pris la détermination de ne plus traiter avec l'Empereur, les commissaires, qui venaient d'être nommés et agréés, devenaient moins les siens que ceux de l'armée, et c'est au nom de celle-ci qu'ils devaient agir. L'Empereur dit : « Messieurs, vous pouvez maintenant vous retirer. Je vais faire dresser les instructions des commissaires, mais je défends qu'ils stipulent rien qui me soit personnel. » Puis, se jetant sur un canapé, se frappant la cuisse de la main, il reprit d'un air dégagé : < Bah I messieurs, laissons cela, et marchons demain, nous les battrons f i Je lui répétai en peu de mots ce que je venais de lui dire touchant la situation de l'armée : « Non, ajoutâmes-nous, nous en avons assez, et prenez garde que chaque heure qui s'écoule tourne contre le succès de la mission que les commissaires ont à remplir. » Il n'insista pas et leur dit : « Tenez-vous prêts à partir à quatre heures. » Après quoi, il nous congédia.
Il était facile de voir qu'il ne cédait qu'à la nécessité, que son projet, en nous faisant arriver si précipitamment à Fontainebleau, avait été de nous faire marcher
sur Paris, comme le bruit en avait été répandu, et qu'il ne l'abandonnait point, puisqu'à l'instant il venait de nous dire : « Bab I messieurs, laissons cela et marchons demain ; nous les battrons! > C'était pour nous un avertissement de prendre des mesures. Après être sortis, nous convînmes que toute l'autorité serait remise aux commissaires, que Ton n'agirait que d'après leur direction jusqu'à conclusion d'un traité, et que le commandement de Tarmée serait remis au major générai comme plus ancien, en exigeant sa parole qu'il ne ferait exécuter aucun ordre de l'Empereur quel qu'il fût, mais seulement ce qui serait arrêté par les commissaires, en en donnant immédiatement avis aux différents corps, ce qu'il accepta et promit. La nouvelle de ce qui venait de se passer se répandit rapidement et excita une grande joie : on était tiré ainsi d'une grande anxiété; cbacun fit des vœux pour le succès de la mission des commissaires.
A peine étions-nous dans la galerie, après avoir quitté TEmpereur, qu'il chargea le duc de Yicence de me rappeler; nous nous arrêtâmes et je me rendis près de lui. c J'ai changé d'avis quant au maréchal Marmont, me dit-il; il commande les avant-postes, il est utile qu'il reste à Essonne et je désire que vous soyez commissaire à sa place; acceptez- vous? — Oui, lui répondis-je, et vous pouvez compter sur mes efforts. — Je le sais, dit-il, vous êtes un homme d'honneur, et je crois en votre loyauté. — Mais, repris-je, il faut faire donner aux maréchaux avis de ce changement. > 11 en chargea Caulaincourt; en nous rendant près d'eux dans la galerie, celui-ci me conta qu'à peine étions-nous sortis du cabinet, l'Empereur lui avait dit : « Pourquoi le maréchal Macdonald ne m'a-t-il pas envoyé la lettre de Beumonville par un courrier ? — Voilà encore de vos méfiances contre lui, avait répondu le duc de Yicence; nous savons