‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 193 sur 262 · LES COMMISSAIRES · texte numérisé non relu

LES COMMISSAIRES

tous qu'il venait de la recevoir un instant avant d'entrer chez vous avec le duc de Reggio, et qu'elle avait été lue à haute voix, après avoir été ouverte par le duc de Raguse. — C'est différent », avait dit alors l'Empereur, puis il avait ajouté : c II me vient une idée; il est utile que le duc de Raguse reste à Essonne en cas d'événe* ment; je désire que Macdonald le remplace; rappelez-le. » C'est ainsi que je fus amené à jouer un rôle dans ce grand drame de la chute de l'Empire et du colosse qui s'était appesanti pendant tant d'années sur l'Europe, armée enfin pour nous renverser à son tour I

En rejoignant nos camarades, nous leur apprîmes le changement qui venait d'avoir lieu; ils croyaient déj& que l'Empereur avait formé d'autres projets. Nous insistâmes alors plus fortement sur l'obligation à laquelle le major général s'était engagé et qui était d'ailleurs consentie par l'Empereur, à savoir de n'agir que d'après l'impulsion et la direction des commissaires. Ils se réunirent encore une fois au château pour prendre leurs instructions. L'Empereur nous les lut; il y avait fait insérer la clause de ne rien stipuler qui lui fût personnel ; enfin il remit au duc de Y icence l'acte de son abdication , et nous partîmes pour Paris , accompagnés des vœux de l'armée pour le succès de notre négociation.

L'aide de camp du duc de Raguse nous avait précédés à Essonne; il avait informé le maréchal de ce qui s'était passé au château et de la prochaine arrivée des commissaires, au nombre desquels il avait été désigné d'abord; il ne savait pas que j'avais été nommé à sa place. Nous le trouvâmes fort agité, se plaignant de n'avoir pas été appelé à la réunion ; nous lui assurâmes qu'elle avait été fortuite et nous l'invitâmes à expédier un parlementaire pour demander passage afin de pouvoir nous rendre près de l'empereur de Russie. Pendant que nous atten-

dioDs le retour du parlementaire, le duc de Raguse nous insinua que les alliés lui avaient fait des propositions pour qu'il se séparât de la cause de TEmpereur avec son corps d*arm<5e, et qu*il avait répondu par des contre-propositions; il craignait qu'à chaque instant on ne vînt lui annoncer qu'elles étaient acceptées. J'ai le regret de dire qu'elles l'étaient déjà, ainsi que des aveux faits plus tard et l'événement prochain le prouvèrent. Il s'était concerté là-dessus avec ses principaux généraux. Ce récit m'est pénible, parce qu'il semble charger le duc de llaguse, avec lequel mes relations ont été depuis amicales; je ne le fais ici que pour parler du rôle que j'ai joué dans la mission dont j'étais partie; du reste, il n'est que pour vous, mon fils, quoique toutes les circonstances en soient publiques et qu'elles aient attiré au pauvre duc de llaguse une animadversion qui, ajoutée à d^autres chagrins domestiques, Ta rendu très malheureux.

On peut se figurer notre surprise en apprenant du maréchal Marmont où il en était avec sa négociation particu lière; nous lui en fîmes sentir l'ûnprudence et les graves conséquences pour la France et pour l'armée qu'une telle désunion mettrait à la discrétion de l'ennemi ; mais c tire-moi d'abord du danger, tu feras après ta harangue ». Aussi bien toute représentation, toute observation devenait superflue; il fallait empêcher cette séparation et retarder autant que possible l'effet des propositions faites par le duc de llaguse, lesquelles étaient acceptées déjà, sans qu'il nous l'eût avoué, du moins à moi, tant cette situation le troublait et l'agitait. L'un de nous lui conseilla de se rendre à Fontainebleau, pendant que l'on ferait attendre le parlementaire ennemi en lui disant qu'appelé par l'Empereur, le maréchal avait été obligé de se rendre immédiatement près de lui, ce qui devait paraître naturel; et comme il n'était pas pré-

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