‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 194 sur 262 · LE DUC DE RA6USE · texte numérisé non relu

LE DUC DE RA6USE

samable que l'empereur de Russie refusât de nous recevoir et de traiter d*abord d'une suspension d'armes, nous y ferions comprendre les troupes à ses ordres; mais il refusa, craignant que l'Empereur n'apprît cette négociation particulière et ne le fit arrêter et juger. Le duc de Vicence trouva et proposa un autre moyen, celui de mener le duc de Raguse avec nous, observant que si l'on ne demandait pas l'acte de nomination des commissaires, il serait censé en faire partie ; dans le cas contraire, nous dirions l'y avoir adjoint. Ceci convenu, le maréchal recommanda au général Souham, auquel il laissait momentanément le commandement de ses troupes, de ne pas bouger, quelque avis qu'il eût, jusqu'à son retour qui aurait lieu le lendemain de bonne heure.

Là-dessus on nous avertit que nous pouvions traverser les avant-postes alliés. Nous montâmes donc en voiture, le maréchal Ney avec le duc de Vicence, le duc de Raguse avec moi. A la hauteur du château de Petit-Bourg, celui-ci remarqua que l'on nous en faisait prendre l'avenue; il tressaillit, c Quel inconvénient y voyez-vous? dis-je. — C'est, répondit-il, le quartier général de l' avantgarde des alliés, commandée par le prince royal de Wurtemberg. — Eh bien! quoi? — C'est que c'est avec lui que le traité a eu lieu, et s'il en exigeait l'exécution?.. . — En ce cas, restez dans la voiture; dès que nous nous arrêterons, je préviendrai les deux autres commissaires • ; ce que je fis en effet.

Le généralissime prince de Schwarzenberg vint nous recevoir et nous conduisit près du prince royal, qui nous accueillit fort sèchement, en nous disant avec aigreur que nous avions fait le malheur de l'Europe, ce qui était assez vrai; mais le reproche était d'autant plus déplacé dans sa bouche qu'il devait un jour, comme avait fait son père, profiter de ces mêmes malheurs par le titre de

roi et ragrandissement du grand-duché de Wurtemberg quand il avait été érigé en royaume. Si on ne le lui dit pas crûment, on le lui fit assez sentir; il quitta le salon avec un air d'humeur et d'impatience et ne reparut plus. Nous connaissions tous le généralissime; il avait été ambassadeur de sa cour près l'Empereur, dont il avait été autrefois le très humble serviteur et courtisan. C'est lui qui avait mis le plus d'activité à faire rompre, en 1810, la négociation du mariage avec la Russie et à jouer le principal rôle pour faire épouser & l'Empereur une archiduchesse, en faisant savoir sous main que, si l'on s'adressait à lui, il avait plein pouvoir pour accepter les propositions, ce qui eut lieu en effet.

Étonné de trouver le généralissime à ses avant-postes et supposant qu'il avait le projet de nous attaquer, je lui témoignai ma surprise de le trouver là, et que s'il avait des intentions hostiles, nous comptions sur sa loyauté pour nous le dire afin que, laissant là notre mission, nous pussions retourner à notre poste. 11 répondit en protestant qu'il n'était venu à Petit-Bourg que pour faire sa cour au prince royal; il ajouta qu'il venait d'y arriver quand notre parlementaire avait demandé pour nous passage, et qu'il avait pris sur lui de nous faire recevoir au quartier général de son avant-garde, mais qu'il fallait l'autorisation de l'empereur de Russie pour nous permettre de nous rendre à Paris, qu'il l'avait prévenu et que, sans doute, il ne tarderait pas à recevoir la réponse. Il nous fit beaucoup de politesses; la conversation tomba naturellement sur les événements actuels et sur l'objet de notre mission. Nous pensions qu'il serait un chaud partisan des droits du roi de Rome à succéder à son père et de la régence de l'Impératrice; nous fûmes bien détrompés en entendant le prince se prononcer avec chaleur pour la cause générale des alliés contre les

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