‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 195 sur 262 · LE DUC DE RA6USE · texte numérisé non relu

LE DUC DE RA6USE

intérêts particuliers de la maison d'Autriche. Son langage était certainement celui de sa cour, mais nous ne pouvions croire que Tempereur François pût sacrifier sa fille dans cette catastrophe et concourir à la précipiter du trône impérial avec autant d'ardeur qu'il avait mis d'empressement à l'y faire monter. Cela nous paraissait d'autant moins naturel que Ton prétendait que cette archiduchesse était celle de ses filles qu'il chérissait le plus.

Pendant cette conversation on vint demander le prince; il sortit et rentra un quart d'heure après, accompagné du duc de Raguse. Comme celui-ci remarqua d'abord notre surprise, il vint à moi d'un air dégagé, riant, comme soulagé d'un grand poids, et nous dit que, s'étant informé, sans se faire connaître, des personnes qui étaient au château , il avait appris que le généralissime nous y avait précédés et que le prince royal venait de se retirer dans son appartement; l'idée alors lui était venue de faire demander le prince de Schwarzenberg, qu'il avait prié de ne donner aucune suite à la convention souscrite, puisque nous, ses camarades, venions traiter pour toute l'armée, — mais sur des bases avouables et toutes difl'érentes — ce à quoi le généralissime avait consenti sans peine. Si tout cela s'était ainsi passé, notre discrétion eût couvert cette faute d'un voile impénétrable; la destinée du duc de Raguse en avait décidé autrement.

La conversation ou, pour mieux dire, la discussion au sujet des droits du roi de Rome reprit avec encore plus de chaleur et non moins de résistance de la part du généralissime. Ses gens le tirèrent d'embarras en l'avertissant que le souper était servi; il était dix ou onze heures du soir et il nous dit qu'il n'avait pas dîné. Il nous invita à nous mettre à table, mais nous ne primes aucune part à ce repas à l'allemande, et avec d'autant plus de raison

que, peu d'heures auparavant, dous avions diné à Essonne. Le souper fut silencieux et triste; chacun avait les yeux sur son assiette; nous nous observions. Gomme on se levait de table, on nous annonça que l'empereur de Russie nous attendait à Paris. Le généralissime nous précéda et nous partîmes.

L'empereur Alexandre logeait à Thôtel du prince de Talleyrand. Nous fûmes immédiatement introduits; avant de nous permettre d'exposer l'objet de notre mission, il nous pria d'entendre d'abord ce qu'il avait à nous dire, et là-dessus il exprima avec chaleur et d'une manière chevaleresque son admiration pour les armées françaises, rimmense gloire dont elles s'étaient couvertes, malgré même leurs revers qui n'ôtaient rien à leur valeur; il reconnut qu'elles ne cédaient forcément qu*au très grand nombre, qu'il en avait eu un exemple récent à Fère- Champenoise où un simple détachement, composé pour la plupart d'hommes de nouvelle levée, en blouses et chapeaux ronds, s'était immortalisé en résistant courageusement & toutes les forces réunies sur ce point; il nous dit qu'il eût été au désespoir de la perte de tant de braves et qu'ayant fait tous ses efforts pour les sauver d'une mort certaine, il était enfin parvenu à les faire consentir à se rendre prisonniers de guerre (i). Il dit encore qu'il n'était plus l'ennemi de Napoléon depuis qu'il était devenu malheureux, qu'il avait été précédemment son plus grand admirateur, son ami et son allié, qu*il avait pour sa part exécuté fidèlement leur traité contre l'Angleterre, c'est-à-dire contre son commerce, quoique ce traité fit cruellement soufi'rir ses propres

(1) C'était Taffaire relatée daos ce bulletin, daté du 26 mars, dont le 6 renversé faisait 29, et auquel TËmpereur refusait d'ajouter foi, pendant que nous étions devant Vitry. Note du maréchal MaedO' nald.

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