‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 196 sur 262 · L'EMPEREUR ALEXANDRE · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR ALEXANDRE

sujets dont les échanges étaient la seule ressource pour suffire à leurs besoins et à leur bien-être, et quoiqu'ils en murmurassent tout haut et qu'il y eût un danger imminent d'une révolution dans ses États; qu'ayant acquis la conviction que, contrairement au traité de prohibition, son allié se permettait de délivrer des licences, et que, malgré ses représentations dont aucune n'était accueillie, on continuait à en donner, il avait dû alors fermer les yeux sur quelque trafic dont Napoléon avait exigé Tarrét; que des notes diplomatiques assez sèches ayant été échangées, et se voyant menacé d'une nouvelle guerre, il avait préféré en attendre chez lui les effets plutôt que de la provoquer. < Vous en savez les résultats, messieurs, ajouta-t-il ; mes armées, le climat de mon pays ont vengé mes sujets des désastres qu'ils ont éprouvés; vous n'étiez que des instruments passifs, je ne vous en estime que davantage, pour avoir fait votre devoir et prouvé votre attachement, votre dévouement, votre fidélité à votre maître, dont vous lui donnez ici une nouvelle preuve, pendant que tant d'autres viennent se jeter dans nos bras et provoquer son renversement et celui de l'Empire français. Nous avons voulu franchement traiter avec lui à Prague, à Francfort, à Châtillon-sur-Seine; il ne l'a pas voulu, et voilà où son entêtement nous a conduits. Nous avons déclaré ne vouloir plus traiter avec lui, parce qu'il n'y a plus de sûreté, mais nous ne voulons aucunement nous mêler du gouvernement de la France, ni lui imposer de contributions, ni diminuer son ancien territoire; nous y ajouterons même, i

Il recommença ses éloges de l'armée française, de ses maréchaux, etc. Nous voyions très bien et distinguions ce qu'il y avait de flatteur et de flatterie dans ce long discours que nous n'interrompîmes point. Lorsqu'il eut

cessé de parler, le maréchal Ney prit d'abord la parole et dit d'assez bonnes choses et beaucoup d'inutiles; nous voulûmes l'arrêter; il nous dit avec vivacité d'un ton sec : « Laissez-moi parler; vous aurez votre tour. » Le duc de Vicence bouillait en lui-même; il eût mieux valu qu'il répondit, connaissant mieux les formes et ayant plus de mesure. L'Empereur écoutait passivement. Enfin la conversation s'engagea entre tous; nous louâmes la générosité des alliés, lorsqu'ils avaient acquis le droit de se venger; mais cette générosité, nous la rapportâmes à sa magnanimité personnelle, à son influence prépondérante; nous parlâmes de la gloire, de la valeur des armées russes, de la sienne propre; enfin nous employâmes les mêmes armes que lui, pour rendre ce qu'il nous avait si libéralement, si chevaleresquement accordé; il nous parut y être fort sensible.

Après tous ces compliments réciproques, nous profitâmes de la disposition favorable où il était pour réclamer son intervention, son appui en faveur de la cause que nous venions lui soumettre et des propositions que nous avions à lui faire, à savoir, l'abdication de Napoléon qui devait satisfaire les alliés, la reconnaissance de son fils comme son successeur et de llmpératrice comme régente, c II est trop tard, nous dit-il; l'opinion a fait des progrès trop rapides; nous l'avons laissée aller; à chaque instant elle s'étend. Que ne vous êtes-vous entendus avec le Sénat Conservateur? — De quel droit a-t-il agi? nous récriâmes-nous; il a menti à son titre; il n*avait aucune mission; plat, rampant, complaisant esclave, il tenait son existence des constitutions de l'Empire; elles sont renversées : il n'est donc rien ; il usurpe en ce moment une autorité qui ne peut émaner que de Topinion nationale, et cette opinion a tout â craindre du ressentiment des Bourbons, des émigrés, des royalistes. Que Votre Majesté

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