‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 200 sur 262 · A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

A FONTAINEBLEAU

simplement par écrit, sans date ni signature, ce qu'il avait daigné nous dire verbalement touchant les résolutions des alliés; il y consentit enfin, sortit et rentra peu après, tenant à la main une rédaction parfaitement conforme à ce qu'il nous avait déclaré. Il la remit 4 Caulaincourt, nous accorda un armistice de quarante-huit heures pour nous donner le temps d'aller à Fontainebleau et d'en revenir, munis, au nom de l'armée, d'instructions suffisantes pour traiter sur les bases convenues, puis il nous congédia.

Nous étions, pour le moins, aussi pressés de retourner au quartier général que l'empereur Napoléon et l'armée de connaître le résultat de notre négociation. La défection du corps du duc de Raguse y avait naturellement causé une grande agitation; on y supposait avec raison que cet événement pouvait entraver notre mission et en rendre, sous tous les rapports, le succès négatif. Notre retour calma momentanément les esprits les plus exaltés comme les plus craintifs. Dès notre arrivée, nous nous rendîmes au château. Il était une heure du matin. On eut beaucoup de peine à réveiller et à faire lever l'Empereur; il fallut que Caulaincourt entrât lui-même dans sa chambre et le secouât assez rudement. Dormir aussi profondément, dans la situation où il se trouvait, semblerait dénoter ou beaucoup d'insouciance, ou le calme d'une âme bien au-dessus du vulgaire. Il parut enfin, entendit notre rapport et nous remercia des efforts que nous avions faits; il nous dit que la défection du corps de Marmont avait nécessairement influé sur la détermination des alliés. En cela, il ne se trompait point, car, dans la seconde audience, l'empereur de Russie nous avait parlé, sur ce qui était de notre mission, d'un ton plus haut et plus décidé que dans la première; quant à la personne de Napoléon, quoique son attitude, comme

je Vax dit, fût solennelle, c'est avec beaucoup de grâce qu'il avait fait ToiTre de le recevoir dans ses États.

Lorsque nous arrivÂmes à ce point spécial, TEmpereur nous ayant demandé comment on le traiterait, lui et sa famille, il manifesta une haute opinion du caractère d'Alexandre; il dit qu'il le connaissait assez pour être convaincu que, s'il n'eût pas été obsédé, circonvenu par les alliés, et surtout par Tinfluence de TAngleterre, Alexandre aurait traité avec lui et maintenu sa souveraineté sur la France et sa dynastie. Il ajouta que rimpératrice lui mandait de Blois ou d'Orléans d'avoir bon courage, qu'elle comptait assez sur la tendresse de son père pour être persuadée, comme elle voulait qu'il le fût lui-même, que l'empereur François ne consentirait pas, ne souffrirait pas que son gendre fût renversé du trône, qu'elle était néanmoins décidée à partager son sort, quel qu'il fût, qu'aucune puissance humaine ne la séparerait de lui, et qu'elle se disposait à le rejoindre. < Vous ne connaissez pas l'Impératrice, nous dit-il; c'est une princesse d'un grand caractère; au besoin, elle recommencerait Marie-Thérèse lorsqu'elle montra son fils aux Hongrois. > Nous savions cependant à quoi nous en tenir sur cette influence féminine dans la campagne de 1813; car, pendant la durée de l'armistice et les négociations de Prague, elle avait garanti, à ce que l'Empereur me dit alors, la neutralité de son père ; mais Napoléon aimait à se nourrir d'illusions, comme chacun sait.

Nous nous efi'orçâmes de le dissuader du frivole espoir dont l'Impératrice le flattait; la preuve la plus convaincante de ce mécompte était la forte opposition que nous avait manifestée ouvertement le généralissime prince de Schwarzenberg; et certes, il n'eût point agi de la sorte sans les instructions formelles de l'empereur d^Autriche, qui était à Dijon, et qu'il représentait dans

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