ATTITUDE DE NAPOLÉON
le conseil des alliés, à Paris. Napoléon ne put s'empêcher de convenir qu'il y avait du vrai dans nos observations; mais, laissant tout à coup de côté la politique, les destinées de la France et de Tarmée, pour ne s'occuper que de ce qui lui était personnel, il revint à l'offre des alliés et nous demanda si nous avions pénétré ce qu'ils voulaient dire par l'île d'Elbe ou autre chose. Sur notre réponse négative, et après avoir réfléchi quelques instants, il dit : < C'est probablement l'Ile de Corse, et c'est pour éviter le quolibet (i) qu'ils n'ont pas voulu la nommer. £h bieni je choisis l'île d'Ëlbè. Connaissezvous cette île, messieurs? Y a-t-il un palais, un château, une habitation convenable, passable? > Aucun de nous n'y avait été. < En ce cas, que l'on fasse chercher dans l'armée un officier d'artillerie ou du génie; il doit s'en trouver qui y aient été employés. » Il en fit donner l'ordre immédiat.
Il nous reparla encore de la défection du corps de Marmont : < C'est moi, dit-il, qui, probablement, en suis la cause; je voulais savoir si vous aviez franchi sans difficulté les avant-postes des alliés et je désirais causer avec le duc de Raguse. J'envoyai successivement des officiers pour l'appeler près de moi et me rendre compte de votre passage; il était parti avec vous; ses généraux, qui savaient tout et avaient eu part au traité de séparation, prirent de l'inquiétude de mes messages répétés; ils supposèrent que j'étais instruit, et craignant d'être arrêtés, ils ont emmené leurs troupes, sans même avertir les corps échelonnés qu'ils ont ainsi compromis et presque démoralisés, car les avis les plus fâcheux sous ce rapport, et dont les chefs et officiers mêmes ne
(1) Quel quolibet? Est-ce une allusion au surnom injurieux d*Ogre de Corse?
s'abstenaient pas, se succédaient rapidement; malheureusement, on ne pouvait guère y remédier; toutefois, je ils avancer les échelons pour occuper de nouveau la ligne d'Essonne. > Il avait deviné juste. Il parla fort modérément de Marmont; nous lui expliquâmes alors comment il avait été entraîné d'abord par des pourparlers indirects de personnes qui lui étaient attachées d'amitié et dévouées par reconnaissance; malheureusement, ayant écouté des propositions, il avait eu le tort de répondre par des contre-propositions qu'il pensait n'être pas de nature à être acceptées; elles le furent, elles l'étaient môme quand nous arrivâmes la première fois à Essonne; mais la catastrophe n'a nullement dépendu de sa volonté; car, en venant avec nous à Paris, il avait formellement prescrit et ordonné à ses généraux, quelque chose qui arrivât, d'attendre son retour, qui aurait lieu le lendemain de bonne heure. Cet événement a été d'autant plus fâcheux pour lui qu'il avait réglé avec le prince de Schwarzenberg, à Petit- Bourg, que, malgré le traité particulier, son corps ne passerait point en Normandie, ne se séparerait pas du reste de l'armée et serait compris dans les arrangements de notre négociation; mais la fatalité en ordonna autrement. On ne pouvait réellement accuser le duc de Raguse, dans cette occasion, que d*une légèreté très blâmable; dans une autre, sans doute, c'eût été un crime de haute trahison; mais, dans celle-ci, qu'avait-il à espérer, à gagner, élevé comme il était à la première dignité de l'armée, au titre le plus distingué dans l'ordre social? Un ministère? mais ces fonctions étaient remplies. Aussi TEmpereur n'insista point, mais il dissimulait, comme il le marqua dans une proclamation, l'année suivante, à son funeste retour de l'île d'Elbe. Nous invitâmes l'Empereur à s'occuper immédiate*