‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 203 sur 262 · SENTIMENTS DES ALLIÉS · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DES ALLIÉS

voir se terminer si heureusement une lutte que les alliés craignaient de voir se prolonger; et ici ce n'était plus contre des débris d'armée qu'ils eussent eu à combattre, c'était contre des populations armées; déjà grand nombre des habitants des Vosges et de la Lorraine s'étaient formés en partisans et causaient beaucoup de mal sur les communications des troupes étrangères. L'empereur Alexandre m'avait dit et m'a répété depuis que dans ces seuls départements ils avaient perdu trois mille hommes sans rencontrer un seul soldat français I Napoléon avait la grande majorité de la capitale en sa faveur, toute la garde nationale; les étrangers n'y étaient pas très rassurés. Les armées encore nombreuses qui avaient évacué l'Espagne» les frontières d'Italie et du Piémont pouvaient se réunir à la nôtre; les garnisons du Rhin et de la Meuse pouvaient former un corps considérable et appuyer les insurrections qui, d'abord partielles, pouvaient amener des soulèvements en masse; l'énergie de Napoléon, quoique affaiblie par tant de revers, pouvait se réveiller et donner une grande impulsion à la France. Tout cela était senti, et c'était sans doute le motif dominant qui rendait les souverains aussi accommodants, et le gouvernement provisoire, si peu, si faiblement établi, aussi coulant.

Le premier point à traiter était d'un armistice indéfini et d'une ligne de démarcation ; l'empereur de Russie nous dit que, pour nous donner une marque de son estime, il nous autorisait à la fixer. Nous hésitâmes un instant; je pris la parole et lui demandai la rive gauche de la Seine; Alexandre répondit qu'il y consentirait volontiers, mais il observa que Paris se trouverait partagé, que le mélange des troupes qui nécessairement passeraient d'une rive à l'autre pour leurs affaires, leurs besoins, même par curiosité, pourrait avoir des consé-

quences fâcheuses pour la capitale, qu*il était mieux d'éviter le contact des troupes de part et d'autre; que d'ailleurs les alliés ne voudraient sûrement pas consentir à replier leurs avant-gardes des positions qu'elles occupaient militairement; qu*il valait mieux, qu'il était préférable de laisser les troupes en dehors que (l*en remplir la ville où elles seraient une grande gène pour les habitants et pour le commerce. Nous convînmes de la justesse de ces observations et n'insistâmes point. Là-dessus l'empereur Alexandre me présenta un crayon que je m'excusai de prendre, mais il me pressa avec tant de grâce pour que je traçasse la ligne, qu'enûn je me rendis. Elle contournait l'extérieur de Paris sur les deux rives de la Seine à partir des avant-postes étrangers et laissait de notre côté sur la rive gauche tous les lieux non occupés ce jour-là par leurs troupes; une carte de France était déployée sur une table et le tracé fut bientôt fait. L'armistice comprenait toutes les armées et toutes les places qui, tant en France qu'à Tétranger, tenaient encore : des officiers des deux parts devaient être envoyés sur tous les points pour faire cesser les hostilités; mais comme il n'était pas possible de régler de Paris les démarcations à distance, nous convînmes que chacun conserverait les positions telles qu'elles seraient au moment où les envoyés, qui avaient à faire la plus grande diligence, arriveraient sur les lieux.

La ligne de la Seine étant la plus importante, elle décrivit, depuis l'embouchure de la rivière d'Essonne, un demi-cercle autour des avant-postes alliés jusqu'audessous de Paris; l'empereur de Russie, ayant examiné et approuvé ce tracé, donna des ordres pour que le prince de Schwarzenberg en Ht faire des expéditions et dépêchât, d'après les bases convenues, des instructions pour la cessation immédiate des hostilités. Ensuite il nous mit

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