‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 204 sur 262 · CHICANE AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

CHICANE AUTRICHIENNE

en rapport avec les ministres des cours alliées pour la rédaction des articles du traité dont il se chargeait de faire accepter les conditions par le gouvernement provisoire, moyennant la remise de l'acte d'abdication.

Le plus pressant était la notification de la suspension d'armes; lorsque nous fûmes avertis que Tétat-major autrichien avait achevé la mise au net du tracé de la ligne de démarcation, nous nous rendîmes chez le prince de Schwarzenberg pour recevoir notre expédition, lire nos instructions respectives pour les officiers porteurs de la notification d'armistice, connaître leurs noms et régler leur départ. Pendant que mes collègues s'en occupaient, je m'avisai de vérifier le tracé de démarcation, et ce fut une importante et heureuse idée, car, soit mauvaise foi, soit erreur, notre ligne, au lieu de partir de la rivière d'Essonne, était reculée au delà de Fontainebleau; par conséquent il aurait fallu que l'empereur Napoléon sortît du château et que nos troupes évacuassent leurs positions pour se retirer à Nemours et très précipitamment, car l'exécution de la convention sur ce point était limitée, pour tout délai, à vingt-quatre heures. Ce qui me fit penser alors, et ce que je pense encore aigourd'hui, qu'il y avait dans cet incident plus que de l'erreur, ce fut l'opiniâtreté avec laquelle l'étai-major autrichien et le prince lui-même soutinrent qu'on s'était exactement conformé à l'original; j'en demandai vivement la représentation pour le confronter avec les copies : il ne se trouva point; on assura l'avoir renvoyé à l'empereur de Russie : nous demandâmes qu'on l'y envoyât chercher; on fit des difficultés; alors, prenant mon chapeau, je notifiai que j'allais me rendre chez l'Empereur. Voyant ma détermination que mes collègues voulurent appuyer en m'accompagnant, les Autrichiens

cédèrent et envoyèrent ou n'envoyèrent pas chercher la carte originale, mais, au bout d'une heure ou deux, et sans rapporter cette carte originale , le prince de Schwarzenberg nous dit que l'empereur de Russie nous donnait raison sur tous les points; les expéditions furent rectifiées en conséquence.

Ces points réglés à notre satisfaction, mes collègues me remercièrent de l'idée que j'avais eue de coUationner cette ligne de démarcation que nous devions envoyer immédiatement à Fontainebleau. Si nous eussions reçu cette carte sans examen, quel désappointement! quel bouleversement n'eût-on pas éprouvé au quartier général français, forcé de partir sans retard ! £n écrivant ces lignes, je suis encore tout bouleversé moi-même des conséquences; car nous n'aurions pas cédé. Nous eûmes dans cette occasion une nouvelle preuve de la loyauté de l'empereur Alexandre.

Je retourne un peu en arrière pour mentionner une circonstance qui m'avait échappé. De retour à Paris, la seconde fois, tandis que nous dînions ensemble chez le maréchal Ney, l'un de ses aides de camp entra tout rayonnant de joie, et lui dit : < Votre lettre a été parfaitement reçue de l'empereur de Russie > , et montrant à son cou une décoration dont ce souverain venait de l'honorer, < en voici la preuve ». Il ajouta que M. de Talleyrand, président du gouvernement provisoire, remerciait le maréchal des avis importants qu'il lui avait donnés. Nous nous regardâmes étonnés et demandâmes ce que cela signifiait; Ney, embarrassé, répondit en balbutiant que, sortant avec nous de la conférence que nous avions eue avec Napoléon, la nuit précédente, et craignant que, malgré son acceptation des conditions offertes, il ne fît quelque sottise, lui, maréchal Ney, avait cru. devoir en rendre compte â l'empereur de

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