‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 207 sur 262 · DÉFECTIONS · texte numérisé non relu

DÉFECTIONS

Il n'en était pas de même de leurs chefs ; c'était à qui montrerait le plus d'empressement à se soumettre, malgré toutes nos instances et nos recommandations. A peine avaient-ils fait leur paix particulière, au nom de leurs troupes qui l'ignoraient, ils les abandonnaient et accouraient à Paris, jusqu'au général Molitor, auquel j'avais laissé le commandement du corps dont j'étais titulaire, et qui, malgré mes ordres, fit son adhésion sans ma participation. C'est ici le cas de répéter ce que j'ai déjà dit, que la loyauté de l'empereur Alexandre l'empêcha de profiter de ces défections et de s'en faire un prétexte pour rompre avec nous, car nous ne représentions plus qu'une armée fictive. Il tint toutes ses promesses, tous ses engagements envers Napoléon et nous reconnut constamment en notre qualité de commissaires.

Pendant que la négociation marchait, j'interrogeai mon aide de camp qui avait accompagné celui de l'empereur de Russie à Fontainebleau. Il y avait appris qu'un général AUix, qui commandait à Sens, avait vu passer un major autrichien se rendant à Paris de Dijon où était son souverain; ce major lui aurait dit que son mattre, dont il portait les dépêches à l'empereur de Russie, trouvait très mauvais ce qui s'était fait et se faisait encore à Paris, qu'il avait pris les armes contre Napoléon pour réduire sa puissance et mettre un terme à son ambition, qu'il voulait bien, comme il s'y était engagé, le resserrer dans les anciennes limites de la France, mais qu'il ne concourrait point, qu'il ne consentirait point à ce que l'on détrônât son gendre, sa fille et l'héritier naturel et direct de leur couronne; d'après ce récit vrai ou supposé, le général s'était hâté d'en faire passer l'avis à Napoléon dont les espérances se flattèrent un moment; mais il fut bientôt détrompé, car il sut d'une autre et meilleure

source que son beau-père avait approuvé sa déchéance et le rappel des Bourbons; c'était dans l'instant de cette fausse lueur qu'il nous avait bit redemander son acte d'abdication. Quant à la nouvelle de sa fuite, jamais je n'ai pu la tirer au clair ; j'aurais pu interroger depuis le général français qui l'avait donnée au général russe, mais je ne voulus pas, pour son honneur, entrer en éclaircissement sur un pareil sujet.

Enfin nous mîmes la dernière main au traité qui fut signé le il avril, entre les ministres étrangers et nous; le soir même, nous remîmes l'acte d'abdication au gouvernement provisoire contre sa garantie d'en faire exécuter les clauses, en ce qui le concernait, et sous celle des puissances alliées; l'échange des ratifications fut fixé au 14, à onze heures du matin, chez le prince de Hardenberg ; je fus chargé de la remise de la nôtre.

Les membres du gouvernement provisoire avaient voulu donner une sorte de solennité à la réception de l'acte d'abdication; ils avaient convoqué leurs ministres et d'autres personnes de leur parti. Après la remise faite par nous de cet acte considéré avec raison comme le plus important et le dernier d'un souverain naguère le plus puissant du monde, M. de Talleyrand s'avança vers nous et dit : c Maintenant que tout est consommé, nous vous demandons, messieurs, votre adhésion au nouvel ordre de choses établi. > Le maréchal Ney s'empressa de répondre qu'il l'avait déjà donnée. < Aussi n'est-ce pas à vous que je m'adresse, c'est aux ducs de Tarente et de Vicence. > Je répondis seulement que je m'y refusais; Caulaincourt en dit autant. Talleyrand ne pouvait changer de couleur ni pâlir, mais sa figure s'enfla, comme bouffie de colère et prête à éclater. Cependant il se contint et se borna à me dire : c Mais, monsieur le

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