‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 212 sur 262 · DINER CHEZ MONSIEUR · texte numérisé non relu

DINER CHEZ MONSIEUR

ma parole d'honneur, i Je faisais allusion à la désertion du général Jomini, che^d'éta^In^gor du maréchal Ney, qui avait passé à l'ennemi, emportant tous les papiers et les états de situation, après la dénonciation de Tarmistice, en août 1813.

A son tour, Monsieur, lieutenant général du royaume, donna un dtner aux maréchaux et à quelques généraux. Nous étions encore un peu étonnés de voir les Tuileries habitées par un nouvel hôte, qui était venu si facilement en prendre possession, et assurément sans y penser quelques mois auparavant; il dut, par moment, en être aussi étonné que nous. Le prince m'accueillit avec la grâce qu'on lui connaît, ce qui me fit rejeter l'idée de la prévention qu'il avait pu concevoir à cause de ma visite tardive. Le dtner était servi avec la vaisselle, la verrerie et le linge de Napoléon; le chiffre impérial ne paraissait nullement alors blesser les yeux du nouvel hôte; la susceptibilité est venue depuis. Monsieur fut fort gai, fit les honneurs avec aisance et courtoisie, et dîna bien ; au dessert, il nous proposa la santé du Roi; nous saluâmes et nous répondîmes par le vivat usité. La conversation roula sur diverses circonstances de la guerre qui ne pouvaient choquer aucun amour-propre. Monsieur termina par un grand éloge des vertus du Roi son frère, de son profond savoir, de l'étendue de ses connaissances, de son esprit et surtout de sa prodigieuse mémoire, ce qui était vrai; mais, ce qui l'était moins, c'était l'assurance de son admiration pour les faits d'armes et les grands talents des généraux français durant vingt-deux années, toutes remplies de célèbres et surprenants événements de guerre; à cette occasion, le prince eut un mot d'éloge pour chacun de nous. En somme, nous fûmes très satisfaits des égards et de la politesse de Monsieur.

Tous ceux qui. comme moi, ont été à portée de causer avec le roi Louis XVI1I« ont pu se convaincre de son indiiïérence pour les choses militaires; car, à moi, l'un des chefs de la garde royale, il n'a jamais demandé comment elle allait.

Le Roi était attendu à Calais pour le 24 avril. On insinua que Sa Majesté verrait avec grand plaisir les maréchaux à Compiègne ; nous nous y rendîmes. Le duc de Raguse et le prince de la Moskowa nous y précédèrent; le premier avait une mission du gouvernement provisoire ; le second se donna de son propre mouvement celle de complimenter le Roi au nom de l'armée et de ses chefs, à une lieue plus loin que Compiègne. où ils s'étaient avancés tous deux. Nous attendîmes l'arrivée de Sa Majesté et nous allâmes au château après qu'elle y fut entrée. Le prince de Neuchàtel, qui était à notre tête, prononça un discours où, avec plus de raison, il s'exprimait comme le véritable organe de l'armée; le Roi l'interrompit pour témoigner combien il était sensible à notre démarche et tout le plaisir qu'il éprouvait à nous voir, ajoutant qu'il nous considérait comme les plus fermes colonnes de l'État et que c'était sur nous qu'il se plairait toujours à s'appuyer. Il s'était levé de son fauteuil et figura cet appui en mettant une main sur mon épaule et l'autre sur celle de l'un de mes camarades. Nous répondîmes afQrmativement. Le Roi nous présenta à Mme la duchesse d'Angoulême, au prince de Condé et au duc de Bourbon. La princesse, que je considérai avec beaucoup d'attention, était mise on ne peut plus simplement; son attitude, ses traits étaient froids, réfléchis et empreints de tristesse. Je ne pus m'empècher de m'identifler avec ses douloureux souvenirs, beaucoup plus cruels encore lorsque, quelques jours après, elle vit les Tuileries et occupa les appartements de son infor-

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