‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 213 sur 262 · DINER CHEZ LE ROI · texte numérisé non relu

DINER CHEZ LE ROI

tunée mère, comme elle me le dit récemment, à l'occasion de ma rentrée dans ce palais de la Légion d'honneur où vous, mon fils, et moi avons éprouvé une si aiïreuse perte! Les deux princes nous balbutièrent quelques mots que je n'entendis pas plus que mes camarades.

Le Roi nous invita à dîner avec lui. A peine étionsnous à table qu'élevant la voix il dit : c Messieurs les maréchaux, je vous envoie du vermout et je bois à votre santé et à celle de l'armée. > Craignant de manquer à l'étiquette, nous nous levâmes et nous inclinâmes pour remercier; nous aurions dû répondre par le vivat d'usage autrefois; mais nous n'étions pas gens d'autrefois ni élevés à la cour. Cependant nous dîmes au prince de Poix, capitaine des gardes, que nous avions été embarrassés et que la crainte de manquer aux convenances nous avait empêchés de porter la santé du Roi ; il répondit qu'il eût suffi d'en demander la permission à Sa Majesté, mais qu'il lui parlerait de notre intention et du louable motif de notre discrétion. Rentré au salon, le Roi fut très enjoué et gracieux pour nous ; après avoir donné l'ordre, il nous salua et nous nous retirâmes, enchantés de l'accueil que nous avait fait Sa Majesté.

Le lendemain, à Theure de la messe, nous retournâmes au château. Le Roi nous appela tour à tour pour nous adresser quelques mots de politesse; généralisant alors la conversation, il dit qu'il savait que l'armée avait besoin d'une réorganisation, et que, pour la compléter, il demandait franchement nos avis. Je suppose que c'est parce que j'étais presque en face du Roi et plus sous ses yeux; le fait est qu'il me dit : « Monsieur le maréchal, quel est le vôtre? — Sire, répondis-je, si Votre Majesté désire être franchement éclairée, qu'elle daigne créer un Conseil de la guerre qu'elle présidera; tous les projets

an SOUVENIRS du maréchal macdonald

seront préparés en comité de section de chaque arme, discutés et arrêtés en Conseil, et remis au ministre pour exécution. Quant au choix des emplois, une liste triple sera présentée par chaque section, discutée et arrêtée dans la réunion des sections et transmise au ministre; c'est d'après ces listes qu'il sera tenu de présenter les choix à l'approbation du Roi. Ce Conseil devra nécessairement être composé des chefs de l'armée; leur expérience des choses, la connaissance qu'ils ont de la capacité, des talents de leurs subordonnés, sera une garantie de bons choix, de justice à l'égard de tous; mais ce Conseil ne doit avoir que voix consultative, afin de ne pas retomber dans les inconvénients de celui de Tannée 1787 qui entrava l'action du ministère. Cependant il en sortit de très bonnes choses, entre autres les exercices et manœuvres que l'on suit encore et qui n'ont besoin que d'être modifiés et améliorés; mais, quant au fond, on ne produira jamais mieux, bien qu'il ne manque pas, et il n'en manquera jamais, de faiseurs. » Les autres maréchaux ayant dit que c'était aussi leur avis, nous nous en tfnmes là. Le Roi nous dit alors que si nous restions à Compiègne, il nous etenait à dtner; nous remerciâmes en répondant que nous avions hâte de retourner à Paris pour faire connaître à l'armée son bienveillant accueil et ses bonnes dispositions pour elle; là-dessus nous prîmes congé. Nous étions véritablement enchantés; nous communiquâmes aux généraux et officiers supérieurs qui avaient été sous nos ordres nos espérances pour l'avenir et l'esprit dont nous étions animés.

Le 2 mai, le Roi vint de Compiègne coucher à Saint- Ouen, pour faire son entrée dans la capitale. Les habitants furent disposés à lui préparer une franche et joyeuse manifestation, après avoir lu une déclaration royale datée de ce lieu. Nous fûmes invités à nous y rendre, mais

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