‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 215 sur 262 · LE CONSEIL DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE LA GUERRE

aurait été très utile; mais il n'y eut pas moyen de me faire écarter contre la volonté formelle du Roi.

On nous réunit enfin. Le ministre entra, tenant en main une sorte de projet provisoire dont nous ne pûmes avoir connaissance^ car il nous dit que Sa Majesté demandait à l'instant le Conseil. < Tu veux nous jouer, mon cher, dis-je, mais, prends-y garde, je parlerai devant le Roi. » Arnvés au ChÂteau, nous primes séance, sous la présidence du Roi, qui avait à jses côtés Monsieur et ses deux fils. Dupont me fit prier de ne faire aucune objection. Il donna lecture de son travail, sur lequel Sa Majesté recueillit les avis; mon tour venu, je fis observer que cette lecture avait été faite trop rapidement pour que je pusse donner le mien, et je demandai l'impression du projet, ce qui fut accordé.

Le Conseil de la guerre fut appelé au château pour la seconde et dernière fois; on avait fait la distribution du projet imprimé presque au moment où chacun se rendait aux Tuileries. Les choses avaient été bien arrangées pour éviter toute discussion; en ouvrant la séance, le Roi dit que la dislocation des armées était devenue si impérieuse, depuis la première convocation, qu'il avait été obligé de la prononcer et de répartir les régiments dans les garnisons; que, en conséquence, notre réunion devenait sans objet pour le moment, qu*il nous invitait à étudier le projet d'organisation et qu'enfin, il nous ferait connaître ses intentions plus tard. Nous ne fûmes plus convoqués. Ainsi s'évanouit ce rêve d'un Conseil de la guerre qui, outre l'avantage de mettre en commun les avis de l'expérience, aurait assuré dans l'armée l'ensemble toujours si désirable, l'instruction uniforme, la précision, le bon esprit, et surtout les meilleurs choix. Il est arrivé, au contraire, que la préférence fut donnée à la faveur, que les décorations et les grades furent

prodigués même à Tincapacité et à l'incurie, tandis que de bons services languirent et végétèrent dans les grades subalternes; l'ancienne noblesse envahit tout; aussi un sourd mécontentement commença-t-il à fermenter. En même temps, les princes dépossédèrent sans dédommagement les titulaires du grade de premier inspecteur d'armes, qui avaient rang immédiatement après les maréchaux. La Légion d honneur, instituée pour récompenser tous les genres de mérite, fut mise au pillage; il paraissait évident qu'on voulait l'avilir et en détruire l'institution; au surplus, on prodigua de même l'Ordre de Saint-Louis. Le gouvernement royal paraissait comme un malade qui laisse tout aller sous lui.

Je m'aperçois que j'ai anticipé en m'éloignant de mon Conseil de la guerre. La séance fut remplie par des récits d'événements militaires, des parallèles entre les généraux opposés; le Roi paraissait prendre assez d'intérêt à ces conversations; après quelques heures, il leva la séance.

Pendant ces courts instants d'existence du Conseil de la guerre, un autre tout politique délibérait et discutait la Charte constitutionnelle sur les bases de la déclaration de Saint-Ouen. Le Corps législatif de l'Empire avait été conservé provisoirement; Tancienne pairie rétablie, mais étendue, forma, comme en Angleterre, la Chambre haute; l'autre prit le nom de Chambre des députés des départements. Je fus nommé l'un des pairs, et, à la séance royale du 4 juin, j'en prêtai le serment; à la première séance de la Chambre haute, je fus élu Tun des secrétaires du bureau. Le revers de cette distinction est qu'il faut être très assidu et qu'on est fort assujetti; aussi en ai-je été si fatigué, si dégoûté, je puis dire, que, malgré beaucoup d'instances, j'ai constamment refusé depuis un tel honneur.

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