MONSIEUR A LYON
principales autorités, ainsi que les généraux et colonels, étaient avec Monsieur. Il savait par ie duc d'Orléans que je me rendais à Ntmes : c Les routes sont interceptées, me dit-il, et vous ne pouvez plus passer ; restez avec nous, prenez le commandement; je vous remets les pouvoirs les plus étendus. > Le prince m'apprit alors qu*on ne pouvait nullement compter sur les troupes et qu'il avait donné des ordres pour évacuer la ville le lendemain de bonne heure. Ma surprise fut extrême: t Vous abandonnez Lyon I répondis-je, et où vous arrêterez-vous, après avoir quitté la barrière du Rhône? — Nous n'avons, dit-il, ni munitions ni canons; les troupes manifestent hautement qu'elles n'opposeront aucune résistance, et la plus grande partie de la population se prononce contre nous. » La situation était en effet fâcheuse et très critique, c Essayons d'un moyen, dis-je; suspendons d'abord le mouvement rétrograde; nous serons toujours à temps d'y revenir, car si Napoléon est à une marche d'ici, quelque diligence qu'il fasse, il ne pourra paraître avant une heure ou deux de l'après-midi, conduisant des troupes harassées. Rassemblons les nôtres à six heures du matin, voyons-les; nous leur parlerons, nous en tirerons peut-être parti; nous essayerons de changer l'opinion en les prenant par le point d'honneur, toujours si délicat, si chatouilleux chez des Français ; nous leur montrerons les malheurs qui vont naître d'une guerre civile et le danger non moins grand pour la France de voir une seconde fois fondre sur elle toute TËurope en armes. > Mon avis fut unanimement goûté, des ordres furent donnés en conséquence pour contremander l'évacuation et prescrire le rassemblement de toute la garnison le lendemain sur la place Bellecour. Ayant accepté le commandement, j'ordonnai d'arrêter toute communication de la rive droite à la rive gauche
du Rhône, d'amener et d'amarrer tous les bateaux de notre côté, d'établir des postes assez forts sur la rive droite et sur les routes, de barrer les ponts Morand et de la Guillotière et de les mettre en état de défense aussi bien que le temps et les moyens le permettraient, enfin d'envoyer coup sur coup des patrouilles et reconnaissances afin d'être avertis promptement; en un mot toutes les dispositions que prennent vis-à-vis de l'ennemi des troupes en campagne. Les commandements particuliers furent assignés; chacun eut un certain nombre de troupes et de postes à établir et à surveiller. Tous ces points réglés, je terminai par prescrire qu'une ration d eau-de-vie fût distribuée avant la revue. Nous nous séparâmes.
Rentré chez moi, accompagné des généraux employés, je leur recommandai de parler aux officiers supérieurs et de tâcher de disposer les soldats à bien recevoir Monsieur. Je passai la nuit à recueillir des informations et à donner des ordres de détail. Vers trois ou quatre heures du matin, le général Brayer, commandant Tune des subdivisions territoriales, arriva chez moi; il avait fait avec moi une partie de la campagne de 1813 et celle de 1814. Il venait me prévenir que les troupes se refusaient à être passées en revue par les princes, mais que moi, leur ancien général, elles me verraient avec grand plaisir. A cette communication je demeurai étourdi : t Qui a pu, dis-je, les monter ainsi? Sommesnous au commencement d'une nouvelle révolution? Tous les liens de la discipline sont-ils déjà relâchés? — Non, répondit-il; ce sont des propos de cabaret qui ont exalté les têtes; celles des officiers ne le sont pas moins : on a fait déjà tant de sottises ! on a porté si peu d'intérêt aux militaires, commis tant d'injustices pour placer des émigrés, des chouans, des Vendéens» à qui