‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 225 sur 262 · DÉPART DES PRINCES · texte numérisé non relu

DÉPART DES PRINCES

avec satisfaction, escorté de gardes nationaux à cheval, de gendarmes et d'un détachement du 14* de dragons. C'était un poids énorme dont j'étais soulagé, car la présence des princes était devenue très embarrassante; s'ils eussent été pris par Napoléon ou arrêtés par la garnison, ils eussent été des otages pour sa sûreté personnelle, et si un pareil événement fût arrivé, l'opinion royaliste n'eût pas manqué de m'en rendre responsable; elle eût même été plus loin, elle m'aurait accusé de les avoir livrés. Certes, il y avait assez de témoins pour me justifier, les princes eux-mêmes; mais cette opinion se serait promptement répandue; on n'eût pu d'abord y répondre ; il eût fallu ensuite écrire des volumes pour la détruire; car, une fois le mot de trahison prononcé, quelque innocent qu'en soit le prévenu ou l'accusé, les hommes passionnés qui ne veulent pas être éclairés en conservent toujours quelque présomption. J'en citerais beaucoup de preuves, je me borne à une seule, l'exécrable assassinat de l'infortuné duc de Berry. Toutes les évidences ont démontré que le crime du scélérat qui l'a commis de son propre mouvement avait été conçu et exécuté par lui seul : eh bien ! encore aujourd'hui, ces mêmes gens'passionnés — et ils sont nombreux — croient que cette monstruosité a été le résultat d'un complot. Après cet affreuxmalheur, lacirconstancelaplusheureuse fut l'arrestation immédiate de l'exécrable assassin; autrement les méfiances, les soupçons eussent plané sur tous les constitutionnels (i) sans acception de personne. Il y

(1) La dénomination de constitutionnel s'entend de la généralité nationale, de tous ceux qui, ayant suivi le mouyement de la Révolution, tout en en détestant les horreurs, s'étaient franchement ralliés sous Tégide tutélaire de la Charte; les autres sont les invétérés de l'ancien régime et du pouvoir absolu. Note du maréchal Macdonald.

en a bon nombre, du côté opposé, qui y croient encore; mais cette opinion s'affaiblit ; elle ne reste plus que dans les tètes encroûtées. Quelles que fussent les animosités, les haines des partis, cette fois ils furent unanimes pour jeter un cri d'horreur et appeler la vengeance des lois à punir cet abominable forfait.

Calmé par le départ des princes, j'étais loin d'être tranquille; lesprit du soldat, des officiers, et, je dois le dire, des généraux employés dans la 19* division militaire, paraissait s'exalter à mesure qu'approchait le moment décisif. Pendant que je faisais appeler le préfet et le maire, j'adressai une courte note sur ce qui se passait au ministre de la guerre par la voie du télégraphe; mais il n'en arriva que la suscription : c Le maréchal Macdonald au ministre de la guerre. > Monsieur m'avait recommandé cet envoi et l'annonce de son départ avec le duc d'Orléans pour Paris. J'avais aussi fait exécuter les ordres du prince pour arrêter et faire rétrograder les troupes dirigées sur Lyon. Bientôt on vint m'informer que le préfet avait quitté la ville; le maire seul se présenta.

Dans la réunion des officiers, les chefs m'avaient promis que si l'on faisait feu sur eux, ils répondraient, mais qu'autrement ils ne prendraient pas l'initiative. Dès ce moment, j'avais formé le dessein d'engager le fer; mais comme j'étais bien prévenu que nos soldats ne tireraient pas les premiers, je pensais que dans une population aussi considérable que celle de Lyon, il serait facile de trouver vingtou trente hommes dévoués ou que déterminerait l'appàtdugain et des récompenses; on n'aurait qu'à leur faire endosser l'uniforme de la garde nationale; mon projet était de les placer aux postes avancés, en avant des troupes, de me mettre à leur tête et de tirer le premier coup de fusil. Ce stratagème pouvait avoir une chance;

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