‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 226 sur 262 · PROJET ILLUSOIRE · texte numérisé non relu

PROJET ILLUSOIRE

si rengagement commençait et déterminait les soldats à imiter nos tireurs, on rien pouvait changer leur opinion, j'en avais de nombreux exemples. Napoléon, jusqu'ici, n'avait rencontré aucune opposition; quelques bataillons et escadrons seulement s'étaient joints à lui ; mais une résistance inattendue, quoique déjà si avancée dans le centre de la France, à rentrée d*une ville de cette importance, avec le Rhône pour barrière, devait lui donner à penser et rappeler à sa mémoire la défense courageuse qu'elle avait opposée longtemps à Tarmée républicaine. Les troupes qu'il ramenait, fatiguées et surtout dégoûtées de leur séjour à Tîle d'Ëlbe, devaient avoir l'appréhension d'y retourner et la crainte non moins forte d'un châtiment sévère ; enfin, les corps des garnisons de Grenoble et de Vienne, séduits, égarés, entraînés, pouvaient reconnattre leur erreur et se repentir. Telles étaient mes illusions; mais quelque faible que fût mon espoir, si ce rêve venait à se réaliser, ne fût-ce que partiellement, que devenait Napoléon? Ce qui prouve que ce raisonnement n'était pas dépourvu de sens, c'est qu'étant à Bourges, après la soumission de l'armée, les grenadiers de Ttle d'Elbe que j'y fis venir en garnison, soldats, officiers, commandant même, tous, pris un à un, furent unanimes à déclarer qu'ils avaient été ravis de rentrer en France et que, s'ils eussent rencontré la plus faible résistance, le moindre obstacle, enfin, un seul coup de feu, ils eussent abandonné leurs armes et demandé merci. Tout ceci n'est point une relation écrite après coup, sur les aveux de ce bataillon; car tous ceux qui, dans ce temps-là, étaient à Lyon, ont connu mon projet, et très souvent on me la entendu raconter, soit à mon retour de Lyon à Paris, soit depuis cette époque.

J'en fis donc part à la seule autorité civile demeurée

à son poste, lorsque monsieur le maire fut entré dans mon cabinet; mais je fus fort surpris de l'entendre dire qu'il ne trouverait pas un seul des hommes que je demandais, c Gomment I m'écriai-je, une ville qui a été si dévouée, qui s'est si vaillamment défendue en 1793, en soutenant la cause de la famille royale, n'aurait pas un vétéran de cette époque conservant le feu sacré? » Le maire secoua la tète et fit un geste négatif; je le congédiai.

Après avoir réglé un simulacre de défense et même d'offensive, si je parvenais à ébranler les troupes et à les ramener au devoir, je montai à cheval avec le gouverneur, le vicomte Digeon, le comte Jules dePolignac, que Monsieur, dont il était aide de camp, avait mis à ma disposition, d'autres généraux et officiers d'état-major, pour visiter les postes et vérifier les obstacles qu'on avait dû établir afin d'arrêter la marche de Napoléon ; mais je vis sans étonnement que rien ou presque rien n'avait été fait; l'argent qu'avait donné Monsieur à titre d'encouragement ou pour avoir des matériaux avait été simplement empoché. Les communications d'une rive à l'autre n'étaient point interrompues; l'ordre de ramener les bateaux sur la rive droite et de garder certains passages était resté sans exécution. Il en était de même pour les reconnaissances qui devaient annoncer l'approche des éciaireurs napoléoniens; j'en eus particulièrement de l'humeur et je tançai vertement l'ofBcier général qui était chargé de cette partie du service; je fis partir devant moi des patrouilles échelonnées, et après quelques autres dispositions^ j'allai du pont de la Guillotière au pont Morand. La mauvaise volonté que je rencontrais partout me faisant justement craindre une défection et une catastrophe, j'envoyai secrètement l'ordre de faire atteler ma voiture et de la conduire à l'entrée du faubourg de

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