‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 228 sur 262 · RETRAITE PRÉCIPITÉE · texte numérisé non relu

RETRAITE PRÉCIPITÉE

dont le régiment était non loin de là, vint me demander des ordres; sans m'arrèter je lui dis : c A cheval! et suivez-moi. — Par où? — Roate du Bourbonnais. » Je crois que son régiment ne voulut pas lui obéir; je n'en suis pas certain et je n'ai pas eu l'occasion d'éclaircir le fait.

En traversant la place Bellecour, le baron Roger de Damas, gouverneur de la 19* division, qui demeurait sur cette place, voulut s'arrêter; il était fort confiant et n'avait pris aucune précaution; je lui fis observer qu'il n'était plus à temps, que le moindre retard le ferait prendre. II avait des chances à courir et tout à craindre comme ancien émigré; aucune instance ne pouvant le convaincre, il entra chez lui et nous prtmes le galop ; il a eu la bonne fortune d'échapper en se sauvant déguisé. A quelque distance de là, je rencontrai l'escorte de Monsieur qui rentrait; je donnai en passant à Tofficier de dragons l'ordre de me suivre avec son détachement, en ajoutant que le régiment venait derrière nous, et nous poursuivions notre chemin avec la môme vitesse, lorsque, vers le milieu du faubourg, nous rencontrâmes un brigadier et quatre hussards des troupes de Napoléon venus par le pont Morand et le quai de Saône, barrant le passage; ils étaient à peu près ivres. Le brigadier s'avança pour saisir la bride de mon cheval en criant : € Général, rendez-vous f i II n'avait pas achevé que, lui lançant un coup de poing sur l'oreille, je le fis rentrer dans la rue d'où il sortait. Un hussard, se jetant sur le général vicomte Digeon, celui-ci dit : c Gomment! malheureux, tu oserais arrêter ton général! — Ah! c'est vous, général Digeon; il faut que vous soyez des nôtres. » Il s'en débarrassa de la même manière que moi, ainsi que le comte Jules de Polignac, je crois, et d'autres qui nous suivaient.

Je n'étais distingué que par mon chapeau à plume blanche, étant couvert de mon manteau. Cette apparition inopinée des hussards avait été si prompte que nous n'avions pas eu le temps de mettre le sabre à la main. En me retournant pour voir si nous étions suivis, j'aperçus le détachement de dragons qui avait dépassé les hussards sans les faire prisonniers. J'en conclus qu'ils étaient de connivence et que nous serions arrêtés, s'ils pouvaient nous joindre; nous pressâmes davantage notre allure. Chemin faisant, le général Digeon me répéta plusieurs fois qu'il connaissait un chemin de traverse qui nous ferait gagner plus tôt la grande route du Bourbonnais; mais pendant que nous cherchions à le découvrir, nous arrivâmes à la tète du faubourg. Je m'y étais fait précéder, au moment de la catastrophe, par mon courrier, avec l'ordre d'en faire partir ma voiture qui, depuis quelques heures, y stationnait avec mes aides de camp et mon secrétaire; mais les postillons avaient mis pied à terre; ils étaient sans doute dans quelque cabaret, on ne put les trouver. Je jetai un triste regard sur ma voiture, dans laquelle était une somme considérable en or; je crus le tout perdu. Un de mes aides de camp me tendit un portemanteau par la portière, mais nous passâmes si rapidement qu'aucun de nous ne put le saisir.

Le pauvre général Digeon, un peu troublé d'avoir manqué son chemin de traverse, voulait à toute force me faire prendre la route de Bourgogne qu'il croyait être celle du Bourbonnais que je connaissais très bien; tout en courant, il me disait : < Nous sommes sur la route de Bourgogne; l'esprit y est très mauvais, vous vous y ferez prendre. » Je ne pouvais ni le tranquilliser ni le convaincre que nous étions sur la bonne route. A quelque distance en avant, j'aperçus deux chevaux de

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