‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 232 sur 262 · ILLUSIONS DU ROI · texte numérisé non relu

ILLUSIONS DU ROI

Majesté se leva et me tendit la main, me loua et me remercia de mon zèle; à mon tour, je la remerciai, en lai parlant de la conversation que je venais d'avoir avec Monsieur. Le Roi voulut encore que j'acceptasse, mais il n'insista plus lorsque je lui dis que mon dévouement n'avait nullement besoin d'être encouragé et que je ne croyais pas avoir mérité de récompense pour avoir fait mon devoir.

Le Roi me dit alors qu'il faisait organiser un corps dont il donnait le commandement au duc de Berry, que je serais son premier lieutenant et qu'un conseil de guerre allait être établi, t C'est fort bien, dis-je, mais comme il y a tout à craindre que les troupes nous échappent, où Votre Majesté compte-t-elle se retirer, dans le cas où elle serait forcée d'abandonner momentanément sa capitale? » Le Roi témoigna une grande surprise, comme si cette idée ne se fût point encore présentée à son esprit. « Mais, dit-il, nous n'en sommes pas là? — Non, repris-je, mais dans cinq ou six jours; Votre Majesté devrait connaître l'activité de Napoléon; il ne lui faut pas plus de temps pour arriver à Paris ; s'il n'est pas arrêté dans sa marche, il la continuera rapidement, et il n'y a pas de raison pour croire, d'après ce qui est arrivé depuis son débarquement jusqu'à Lyon, qu'aucune troupe fasse résistance. — Je compte beau-* coup sur le maréchal Ney, dit le Roi; il m'a promis de se saisir de lui et de l'amener dans une cage de fer. — Je crois, répondis-je, qu'il fera ses efforts pour remplir sa promesse; c'est un homme d'honneur; mais ses troupes peuvent lui échapper; l'exemple est entraînant, et» malheureusement, la contagion gagne. — Je réfléchirai, dit le Roi en terminant; mes ministres vont venir, j'en causerai avec eux. > Us étaient bien incapables de donner d'utiles conseils; la peur les avait déjà saisis.

A ce conseil, on arrêta une séance royale pour le lendemain. Appelé à faire partie du cortège, le Roi me montra en passant la plaque de la Légion d'honneur, qu'on lui avait conseillé de prendre; personne ne la remarqua, sûrement, ou n'en fut touché. L'opinion publique tenait beaucoup à cet Ordre, qui était la récompense de tous les services et, vers les dernières années de TEmpire, presque exclusivement des services militaires; il était consacré par un article de la Charte, mais il semblait que la Restauration le prodiguât pour l'avilir*

A cette séance, le Roi fut reçu avec acclamation ; il prononça un discours fort touchant; Monsieur et ses fils se jetèrent dans ses bras en jurant fidélité à la Charte. Cette scène électrisa l'assemblée et le public. Le Roi avait dit qu'il mourrait sur son trône, et quatre jours après il partit; il est vrai de dire qu'il ne pouvait compter sur aucune résistance.

Le premier conseil de guerre tenu fut beaucoup trop nombreux; on discuta beaucoup, tandis qu'il fallait agir. Je ne fus de l'avis de personne; ils me paraissaient tous trop timides, comme il arrive ordinairement dans ces sortes de réunions. On se cacha ensuite de moi, quoique commandant en second ; on accapara le pauvre duc de Bcrry, qui était sans expérience, pour lui faire faire tout ce qui était dans l'intérêt de chacun, et non dans l'intérêt général. Je voulus l'éclairer en particulier; je me rendis chez lui le iSmars ; je blâmai plusieurs mesures ; je parlai aussi des moyens pris pour m'écarter, parce qu'on craignait mon œil vigilant, ma franchise et la droiture de ma conduite. Le prince, déjà enlacé, reçut fort mal les ouvertures que je lui fis et mes franches observations; nous eûmes une vive discussion qui se termina par ma démission que je fis porter au Roi, en lui en expliquant

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