CONSEILS AU ROI
les motifs. Le Roi en fut affligéet ne l'accepta pas; mais naoi, j'étais bien résolu à ne plus me mêler de rien, sauf à suivre avec loyauté la ligne de mes serments.
Je priai Sa Majesté de me dire, en cas d'événement, dans quel département elle se proposait de se retirer; elle eut, cette fois, moins de réticence et répondit sans hésiter : « Dans la Vendée. — Tout sera perdu, répliquai-je, si Votre Majesté prend cette direction. Elle y a, Fans doute, des partisans plus qu'ailleurs, mais le plus grand nombre restera inactif: il est fatigué, rassasié de guerre civile. Vous y serez poursuivi; on s'emparera des côtes et toute retraite deviendra impossible. Rendezvous plutôt en Flandre ; l'esprit des départements du Nord et du Pas-de-Calais vaut mieux qu'ailleurs; Lille ou Dunkerque vous offrent toute sûreté ; vous y avez des portes de terre ou de mer rapprochées des frontières pour passer à rétranger, si vous êtes menacé d'un siège. On lève des bataillons de volontaires royaux, formezen les garnisons si l'on ne peut compter absolument sur aucune troupe de ligne; Tune ou l'autre de ces places servira de point de ralliement pour tous vos partisans; vous y établirez provisoirement votre gouvernement. 1 Le Roi réfléchit et dit : c Je goûte assez vos observations; attendons les nouvelles ultérieures. »
Les courtisans, qui surent bientôt ce qui s'était passé entre le duc de Berry et moi, s'en affectèrent, surtout de ma démission; j'étais devenu pour eux une sorte de garant de mes principes, depuis que j'en avais récemment fait mes preuves à Lyon. Le soir de ce jour, le duc de Berry m'envoya chercher; j'eus lieu d'être surpris de ce message. Quand j'entrai chez lui, il me tendit la main, m'embrassa et me dit : « Oublions ce qui s'est passé ce matin. Le Roi m'a donné l'ordre de vous remettre la direction des affaires militaires; nous travail-
SeO SOUVENIRS DU MARÉCHAL MACDONALD
lerons ensemble; dès ce moment, tous êtes chargé de tout. — Cela ne se fait pas ainsi, répondis-je; faites mettre à Tordre que je prendrai demain, à dix heures, le commandement, et que la correspondance me soit adressée. >
Dès sept heures du matin , le lendemain , le prince me fit appeler en hâte; je le trouvai fort agité; ses premières paroles furent : < Nous sommes trahis par le maréchal Ney. — C'est impossible , répliquai-je vivement; le maréchal est homme d'honneur; ses troupes Font sûrement abandonné ou peut-être entraîné. — Non, c'est lui qui les a conduites à Bonaparte. — Quelle preuve en avez-vous? — Les généraux Lecourbe, Bourmontet Clouet, Taide de camp du maréchal, qui l'ont quitté, sont arrivés et sont allés en rendre compte au Roi. Et mon régiment! Galbois l'a entraîné aussi; et pas pins tard qu'hier, il jurait, protestait, corps et âme, de sa fidélité! Moi, qui l'ai si bien traité! Me tromper si indignement!... Que faire dans notre position? — Prendre une prompte détermination, répondis-je; faire à l'instant sortir toutes les troupes de Paris, les envoyer à Essonne et àCorbeil,8urles deux routes de Fontainebleau. Toute résistance est désormais impossible; il faut sauver le Roi, la famille royale, et ne les pas exposer à être retenus de force à Paris pour servir d'otages et de garantie à Napoléon ; car je suis très sûr qu'il ne leur arriverait aucun mal. » Pendant qu'on expédiait les ordres, on vint rendre compte des mauvais propos qui se tenaient dans les casernes. En ce moment, Monsieur entra et dit que le Roi me demandait; j'y suivis les princes.
Sa Majesté était calme, me tendit la main et dit : « Eh bien ! Vous savez : quel parti prendre? — Sire, se rendre à Lille. C'est pour favoriser votre départ que j'ai conseillé de faire partir les troupes; rassemblez votre maison mi-