‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 234 sur 262 · MESURES MAL PRISES · texte numérisé non relu

MESURES MAL PRISES

litaire aa Champ de Mars, annoncez que vous allez passer la revue des troupes à Essonne. Une fois rendu à l'École militaire, vous y serez en sûreté. > Plusieurs des ministres étaient présents. Le ministre de la guerre avait fait marcher les garnisons du Nord et les rassemblait i Pérenne, sous le commandement du duc d'Orléans ; le duc de Bourbon était envoyé dans TOuest; les autres ministres n'avaient rien prévu ni fait aucune disposition^ par exemple, l'évacuation du Trésor, qui était l'objet important ; car, outre qu'il fallait des fonds, si l'on parvenait à lever un grand nombrede volontaires royaux, à réunir les partisans de la cause royale, pour établir le gouvernement à Lille, il était nécessaire d'avoir de l'argent. Je sus seulement alors que, par compensation, on en avait distribué beaucoup aux généraux, aux officiers, aux soldats; ceux-ci en profitaient pour célébrer dans les cabarets la bienvenue de Napoléon, et crier hautement : t Vive l'Empereur ! » On s'inquiétait d'une mutinerie possible : je fis dire aux généraux et officiers supérieurs que je les rendais responsables de l'inexécution des ordres de marche. J'émis l'avis qu'après la revue le Roi rentrât aux Tuileries, si la population de Paris demeurait calme, que sa présence maintiendrait la confiance et qu'ensuite on verrait; ce projet fut approuvé.

Les généraux qui avaient quitté Ney avaient rapporté au Roi ce qu'il leur avait dit, en prenant sa détermination : c Tous les maréchaux sont d'accord avec moi. » Ils montrèrent de la surprise, du doute; l'un d'eux répliqua : t Vous exceptez sûrement le duc de Tarente, car il vient de montrer à Lyon qu'on pouvait compter sur sa loyauté. — Oh I pour celui-là, répondit Ney, nous ne comptons pas sur lui; et, d'ailleurs, nous n'en avons pas besoin I » Comme le Roi avait fait ce récit devant les princes, quelques-uns des ministres et moi, je crus y

ses SOUVENIRS DU MARÉCHAL MACDONALD

voir une intention de flatterie et je répondis que j'étais charmé que le maréchal connût si bien les sentiments qui réglaient ma conduite; qu'en effet, il en avait eu la preuve Tannée précédente, pendant les négociations relatives à i*abdication, et que pendant qu'il avait quitté la partie, j*étais resté, moi, jusqu'au dernier moment. J'avais beaucoup de dispositions à faire, d'ordres à donner; je demandai au Roi la permission de me retirer. Dans la journée, le Roi me flt rappeler au moment où j'allais me rendre au Château pour lui rendre compte du départ des troupes qui avaient obéi, mais en murmurant et en tenant des propos fort peu rassurants. En arrivant aux Tuileries, j*aperçus ses voitures attelées, une foule énorme encombrant les alentours, avide de connaître ce qui se projetait, des officiers allant et venant, des chevaux de main chargés de portemanteaux; tout donnait une idée de départ, quoique les voitures fussent disposées comme pour une promenade ordinaire. Le Roi m'avait fait recommander de venir sans uniforme, afln de n'être ni reconnu, ni remarqué. Il me dit qu'il allait se rendre au Champ de Mars, et que, d'après le compte que je lui ferais rendre de ce qui se passerait, il aviserait selon les circonstances. Après son départ je me mêlai à la foule et m'approchai des groupes; pas de paroles inconvenantes, mais des opinions diverses sur les choses du moment, sur l'effet de la présence du Roi devant les troupes, sur le ridicule d'une cinquantaine de vieillards armés de fusils et de hallebardes, la plupart en uniforme d'officier général et décorés de divers Ordres par-dessus l'habit, marchant deux par deux et venant aux Tuileries offrir leurs services. Je dois convenir qu'ils n'avaient rien moins qu'un air martial et prêtaient à rire à la foule, qui trouve toujours un côté plaisant dans les choses les plus sérieuses.

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