PLAN D'ÉVASION
à la volonté présumée du Roi d'aller passer la revue des troupes à Essonne; mais pour éviter tout prétexte d'insubordination, il y a un moyen de tout concilier. Le Roi est bien sûr de sa maison et de ses serviteurs; eh bienl que les grilles et les portes soient fermées à dix ou onze heures ; les équipages se rendront à quelque distance ou même hors de Paris; le Roi quittera ses appartements et gagnera, par l'intérieur, le pavillon Marsan, d'où une chaise à porteurs le conduira à une voiture de ville, et cette voiture à ses équipages. > Le duc de Berry m'interrompit brusquement : t Où voulez-vous qu'on trouve une chaise assez large et deux hommes assez forts pour porter le Roi? • Cette boutade inattendue fit rire le Roi lui-même ; il dit qu'il y songerait, et me commanda de venir le soir à l'ordre qui se donnerait comme à l'ordinaire.
En sortant du cabinet, le duc de Berry me demanda si je partirais pour Yillejuif après l'ordre; sur ma réponse affirmative, il dit qu'il s'y rendrait de son côté, après quoi nous nous séparâmes.
La foule des curieux ne remarquant plus aucun préparalif au Château, se dispersa, comme je l'avais prévu, vers six heures. Quand, à huit heures et demie, je me rendis à l'ordre, je trouvai le calme accoutumé dans les cours, mais il n'en était pas de même dans les appartements : j'eus beaucoup de peine à traverser les salons pour me rendre au grand cabinet; ils étaient remplis de courtisans, de dévoués ou de curieux qui avaient le droit d'y être; à chaque pas, j'étais arrêté, tiraillé, pressé de questions. Le Roi parut, causa quelques instants, donna l'ordre et se retira, en me faisant signe de le suivre. Les princes étaient dans le cabinet particulier; lorsque nous y fûmes entrés, le Roi me dit : t Mon départ est fixé pour onze heures; je l'exécuterai comme vous l'avez
see SOUVENIRS du maréchal macdonald
conseillé. — En ce cas, Sire, répondis-je, je prends congé de Votre Majesté; rendu à Villejuif, j'enverrai l'ordre que les troupes se tiennent prêtes à marcher; mais je ne les mettrai en mouvement que sur l'avis que Votre Majesté m'en fera parvenir. — Je m'y rends aussi, dit le duc de Berry. — Monseigneur, répondis-je, j'ai réfléchi que votre déplacement serait sans objet, puisque les troupes vont revenir. Votre Altesse Royale peut suivre le Roi jusqu'à, Saint-Denis, où je pense que les troupes seront rendues vers sept ou huit heures du matin, si elles veulent obéir; en tout cas, j'y serai très assurément avec le quartier général à cette heure-là. > Le Roi dit que j'avais raison; le prince répondit qu'il n'y avait pas nécessité pour lui de rester à Saint-Denis, puisque les troupes devaient continuer leur marche, et qu'il irait avec Monsieur se mettre à la tête de la Maison du Roi qui devait partir du Champ de Mars. En me retirant, le Roi me serra affectueusement la main et me dit : c Au revoir, mon cher maréchal, je n'oublierai ni votre zèle, ni votre dévouement, i
Les salons ne s'étaient pas encore désemplis. Un général de l'émigration, respectable par son grand âge et ses services, M. de Vioménil, depuis maréchal de France, mais avec lequel je n'avais alors aucune relation, me demanda des conseils; sa franchise me plut; on lui avait donné le commandement d'une espèce de bataillon réuni à Vincennes et composé de sept ou huit cents officiers de tout grade, à demi-solde ; on projetait de les placer dans les corps de volontaires royaux qui se levaient, à ce que l'on croyait, en Normandie, t Ces ofQciers, me dit-il, sont très exaltés et je ne puis rien obtenir d'eux; j'ai écrit trois lettres, je suis allé autant de fois chez le ministre de la guerre, et je n'ai pu ni le voir ni en recevoir un mot de réponse; que dois-je donc faire? don-