‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 237 sur 262 · A SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

A SAINT-DENIS

iiez>moi des ordres. — Vous êtes un brave homme, lui répondis-je; laissez là votre bataillon d'officiers; faites vos paquets et quittez Paris cette nuit. — Comment t répliqua-t-il étonné, est-ce que le Roi s'en va? — Je ne puis vous dire autre chose, vous me demandez des ordres, et je vous donne un conseil; n'en parlez pas, je compte sur votre discrétion > ; et je le quittai pour me rendre à Villejuif.

Je n'y trouvai pas l'état-major, mais seulement les généraux Ruty, de l'artillerie, et Haxo, du génie. Le général Maison, gouverneur de Paris et commandant l'une des divisions, m'écrivit qu'ayant appris par le duc de Berry que les troupes devaient revenir, il joindrait sa division à Saint-Denis. J'expédiai les avertissements et les ordres convenus, et lorsque je me fus assuré de leur exécution, averti qu'une tête de colonne s'approchait de Villejuif, j'en partis avec les deux généraux que je viens de nommer. L'état-major ne se trouva pas plus à Saint-Denis qu'à Villejuif; mais tous n'avaient pas manqué de toucher l'indemnité d'entrée en campagne et de bonnes gratifications à valoir sur leurs futurs services. J'attendis vainement l'arrivée des troupes jusqu'à une heure; cependant un aide de camp du général Rapp, qui commandait une division, vint, au moment où je partais, demander des ordres; je lui en remis pour son général et pour les autres divisions, à savoir, de continuer leur marche le lendemain. Ce bataillon d'officiers, qui était la veille à Vincennes, se trouvait, je ne sais comment, à Saint-Denis; le général Saint-Sulpice, qui le commandait, me rendit compte qu'il y avait beaucoup de fermentation, d'exaltation parmi eux, et comme cet état d'esprit pouvait avoir des suites, je lui prescrivis de les diriger sur Rouen, afin d'éviter le contact avec les troupes qui étaient censées devoir arriver. Il me fit

pressentir qu'elles refuseraient d'obéir; je lui dis d'essayer; ce fut sans succès.

On m'avertit alors qu'un détachement d'artillerie qu'on avait fait venir de La Fère, se trouvait non loin de la ville, lorsqu'il y entrait dans ce moment même; j'envoyai le général Ruty pour lui faire rebrousser che« min ; mais les officiers à demi-solde, ne gardant plus de mesure, se jetèrent sur cette artillerie, et le général Ruty, en voulant faire exécuter mes ordres, faillit devenir leur victime. On m'apprit en même temps que le général Maison poursuivi, je ne sais pour quel motif, avait été obligé de se sauver. Peu après, une autre scène se passa sous mes yeux; les équipages du duc de Berry traversaient Saint-Denis, venant de Villejuif ; les révoltés s'en emparèrent, firent violemment descendre les conducteurs, montèrent sur les chevaux à leur place, et j'eus honte en voyant des officiers français se conduire ainsi, tous en uniforme, les épaulettes sur l'habit, le bonnet de police sur la tète, mais la plupart ivres et débraillés. Si quelque chose peut faire excuser leur conduite, c est l'ivresse et l'exaltation; j'en rougis encore pour eux.

Fatigué d'attendre inutilement à Saint-Denis, j'en partis à une heure pour Beaumont, où j'indiquai provisoirement le quartier général. Un grand nombre d'officiers à demi-solde étaient rassemblés devant l'auberge où j'étais, la première à gauche après la place; je m'attendais à quelque opposition de leur part, bien résolu & ne pas me laisser insulter impunément, dussé-je me compromettre; mais ils se tinrent tranquilles, polis même et respectueux. Je trouvai à Beaumont la queue de la Maison du Roi, des gardes du corps démontés, les uns menant leurs chevaux par la longe, d'autres couchés dans des charrettes, d'autres à pied, le portemanteau

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