‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 238 sur 262 · RETRAITE DÉCOUSUE · texte numérisé non relu

RETRAITE DÉCOUSUE

SOUS le bras; tout cela avait Tair d'une déroute après une défaite, et comme je ne m'arrêtai pas à Beaumont, je trouvai la route ainsi jalonnée jusqu'à Noailles. Je laissai à Beaumont les mêmes ordres qu'à Saint-Denis et je pris la poste pour rejoindre les princes avec la tête de la Maison du Roi. Environ à mi-chemin, je fis l'iieureuse rencontre de votre sœur de Massa et de ses enfants; son mari était préfet à Beauvais; par crainte d'événement, il envoyait à Paris tout ce qu'il avait de cher; mais comme la carrossée pouvait courir quelque risque, soit en route, soit à Saint-Denis, d'après ce que je venais d'y voir, soit même dans la capitcde, je les ramenai avec moi, persuadé qu'ils seraient plus en sûreté à Beauvais. Les princes devaient passer la nuit à Noailles; je les trouvai au moment de se mettre à table; ils m'y invitèrent. Après avoir fait le récit de ce que j'avais vu et savais, je dis qu'il ne fallait plus compter sur les troupes et les engageai à poursuivre leur marche, malgré le décousu de la Maison du Roi. Apprenant que ma fille était dans le village, ils eurent la bonté de lui envoyer à dtner. Le repas achevé, je demandai où était le Roi; Monsieur savait qu'il s'était dirigé sur Lille, mais ignorait si de Beauvais il avait pris la route d'Abbeville; je lui demandai ses ordres; il me dit de tâcher de joindre Sa Majesté, que je lui serais très utile. Je pris congé de Leurs Altesses Royales et, avec votre sœur, nous continuâmes notre route pour Beauvais, où nous arrivâmes entre onze heures et minuit. Votre beau-frère fut bien surpris de voir revenir sa femme; mais, après que je lui en eus expliqué le motif, il fut charmé de son retour. U m'apprit que le Roi avait suivi la route d'Abbeville; j'en fus très fâché, parce que ses ennemis pouvaient croire et répandre le bruit qu'il se retirait en Angleterre et décourager ainsi tous ses partisans. Après avoir passé

quelques heures à Beauvais et laissé de noureaux ordres pour la marche des troupes, comme si elles devaient y arriver, j'allais partir, quand un aide de camp du général Grundler, secrétaire général du ministère de la guerre, entra et me remit une lettre dans laquelle on m'annonçait que le ministre n'avait point reparu depuis la veille, qu'on ne savait que faire et qu'on me demandait des ordres; je dis au messager que lorsque le général Grundler recevrait ma réponse il n'en aurait plus besoin; en effet, il avait déjà quitté l'hôtel du ministère quand son aide de camp rentra dans Paris.

Personne ne put m'indiquer sur la route si le Roi s'était arrêté ou continuait son voyage; c'est avec cette incertitude que j'entrai dans Abbeville. Rien n'indiquait la présence de Sa Majesté; aucune garde à la porte, aucun mouvement dans les rues; comme je me faisais conduire à l'auberge, je reconnus en passant le comte de Jaucourt, je fis arrêter et l'appelai. Il était l'un des ministres du Roi et dirigeait, je crois, le département des affaires étrangères en l'absence de M. de Talleyrand. 11 m'apprit que le Roi était dans la ville depuis la veille et sans nouvelles depuis qu'il avait quitté sa capitale; il me pressa de me rendre auprès de lui. Je voulus d'abord descendre à l'auberge, changer de linge et déjeuner; je ne m'étais pas déshabillé depuis plusieurs jours. Pendant ma toilette, M. de Jaucourt alla m'annoncer et des messages d'appel se succédèrent. Je trouvai le Roi aussi calme que lorsqu'il régnait sans souci, paisiblement, aux Tuileries; il me reçut on ne peut plus gracieusement et m'interrogea sur ce qui s'était passé. On n'avait organisé aucun service d'informations, ni courriers, ni estafettes; mais on avait oublié d'interrompre les communications télégraphiques dont on ne devait pas manquer de profiter à Paris. A mon tour je demandai au Roi ce qu'il

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