‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 240 sur 262 · DEVANT LILLE · texte numérisé non relu

DEVANT LILLE

dant, quel qu'il fût, quelques mots pour décliner mon nom et annoncer l'arrivée prochaine du Roi; je mis une pierre dans mon billet et, après avoir passé la barrière, je le lançai par-dessus le fossé; il tomba heureusement sur le rempart; le factionnaire le ramassa et appela le commandant du poste. J'attendis assez longtemps et, toujours inquiet, j'envoyai en arrière pour arrêter les voitures du Roi, afin qu'elles pussent rebrousser chemin si, en effet, nous nous fussions trouvés en pays ennemi. Enfin je vis s'abaisser le pont-levis et un officier s'avancer : c'était Paul de Bourgoing, votre oncle, alors aide de camp du maréchal duc de Trévise. Il avait l'air si étonné, si ahuri, si embarrassé, que je soupçonnai quelque trame, quoiqu'il me dtt que tout était tranquille, que le duc d'Orléans et son maréchal étaient revenus la veille de Yalenciennes, qu'ils étaient fort surpris de l'arrivée subite du Roi et qu'il n'en savait pas davantage. Pour mieux éclaircir ce qui se passait, j'envoyai en ville le général Hulot, mon chef d'étatmajor; pendant son absence, j'interrogeai encore l'officier; il marqua son étonnement de mon incrédulité et me répéta sur l'honneur ce qu'il m'avait déjà dit. Je devins plus tranquille, je le fus davantage lorsque le général Hulot revint; il me dit que le duc d'Orléans et le maréchal le suivaient avec une escorte pour aller au-devant du Roi. J'envoyai alors l'aide de camp du maréchal avertir les voitures qu'elles pouvaient avancer; elles ne tardèrent pas à paraître; le cortège sortait en même temps de la barrière.

Le Roi entra enfin dans Lille; je l'accompagnai à cheval. C'était jour de marché; Sa Majesté fut accueillie avec acclamation par les habitants et les campagnards, mais froidement par les troupes, surtout par un bataillon d'infanterie légère rangé en bataille au dedans de la

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porte. Dans la matinée, on reconnut, en passant en revue la garnison et par les rapports des chefs, que l'esprit était le même dans tous les corps. Le Roi fit savoir quMl les verrait chacun le lendemain ; on comptait peu sur cette démarche; néanmoins je fus des premiers à en donner le conseil. C'était une grande contrariété que le retour de ces troupes; il n y avait pas à espérer qu'elles sortissent de la ville, si on leur en donnait l'ordre, et les volontaires royaux du pays étaient, depuis plusieurs jours déjà, en marche pour Paris, où ils avaient été appelés par le ministère. Je Tai déjà dit, rien n'avait été prévu, préparé, ordonné; on avait même laissé le duc d'Orléans sans avis de la marche du Roi, de sorte que, apprenant tout à coup son départ, mais non sa direction ni ses projets ultérieurs, il avait cru bien faire de lever le camp de Péronne et de renvoyer les régiments à leurs garnisons respectives.

Dans la soirée, le Roi tint un conseil particulier dont je fis partie avec le duc d'Orléans, M. de Blacas et les maréchaux Berthier et Mortier. Sa Majesté nous fit d'abord donner lecture d'une lettre de Monsieur dont j'ai très bien retenu le fond, car la lecture a été recommencée quatre ou cinq fois et tout autant commentée. En arrivant à Beauvaîs, le lendemain de mon passage. Monsieur avait été informé que la plus grande partie de la Maison du Roi ne pourrait pas marcher ensemble, qu'elle serait infailliblement atteinte, hors d'état de se défendre, et que la liberté des princes serait très compromise; que, en conséquence, et comme on ne savait point où était le Roi, il avait été résolu que la Maison serait licenciée et que les princes, n'osant plus se hasarder en France, au milieu de tant de places de guerre, partiraient immédiatement, pour s'embarquer au Tréport ou à Dieppe, afin de rejoindre le plus promptement possible

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