‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 242 sur 262 · LK COMTE DE BLAGAS · texte numérisé non relu

LK COMTE DE BLAGAS

ce que c'est que la perte de pantoufles qui ont pris la forme du pied I i En ce moment le Roi ne songeait point que, quelques heures plus tard, il allait perdre son royaume.

J'étais prêt à partir à onze heures lorsqu'on m'annonça le comte de Blacas ; en entrant il me dit d'un air résolu : c Monsieur le maréchal, j'ai réfléchi à ce que tous avez tantôt inutilement représenté au Hoi qu'il était indigne d'un roi de France d'avoir l'air de fuir, en partant clandestinement de nuit, en mécontentant ses partisans et en s'exposant aux sarcasmes de ses ennemis ; il est en effet plus honorable que le Roi s'éloigne à la vue de tout le monde ; si vous êtes encore dans la même opinion, suspendez un moment votre départ ; je vais de ce pas renouveler à Sa Migesté vos observations. Elle est en sûreté ici, au moins jusqu'à demain, car j'ai eu la précaution de faire fermer les portes de la ville et rien ne pourra entrer sans mon autorisation ; on m'avertira des courriers et des voyageurs d'importance. > Il sortit làdessus et revint une demi-heure après me dire que le Roi consentait à rester jusqu'à dix heures du matin, qu'il l'avait trouvé en chemise, se rasant, qu'au premier mot il avait posé le rasoir, s'était mis violemment en colère et avait dit en jurant : c Pourquoi change-t-on d'avis à chaque instant et m'empèche-t-on de partir ou de me coucher? t C'était, ajouta M. de Blacas, la scène la plus singulière, cette attitude, les manches de chemise retroussées, cette figure colorée par la colère et à moitié barbouillée de savon; enfin le Roi s'adoucit, acheva sa barbe et se coucha. J'en fis autant, j'étais rendu de fatigue.

J'étais profondément endormi, lorsque, à sept heures, le comte de Blacas vint me chercher de la part du Roi. € Qu'y a-t-il de nouveau? lui dis-je. — Aucun de mes

ordres n'a été exécuté; les portes de la ville sont restées ouvertes, les voyageurs, courriers, diligences ont passé librement. La malle est arrivée; le Moniteur contient toute l'organisation du gouvernement de Bonaparte; j'en fais saisir tous les exemplaires. > Il avait oublié les autres journaux qui contenaient les mêmes nouvelles qui furent promptement répandues.

M'étant habillé à la hâte, je me rendis à lappartement du Roi; j'y trouvai le duc d'Orléans, les maréchaux Berthier et Mortier. On nous introduisit dans le cabinet de Sa Majesté, c II n'est plus question de Dunkerque, nous dit-elle; on vient de m'informer que les troupes ôtent la cocarde blanche et y substituent la cocarde dite nationale. D'après ce qui se passe à Paris et ce qui doit s'ensuivre ailleurs, je ne suis plus en sûreté ici. « Je voulus rassurer le Roi; mais cette fois il était bien décidé ; il fit demander des chevaux pour partir et passer immédiatement la frontière, c Sire, dis-je, qui quitte la partie la perd. Ce ne sera sûrement pas pour longtemps, ajoutai-je; mais puisque votre détermination est résolue, permettez-moi de rester. > Dans ce moment le Roi marqua de la surprise; sa figure se rembrunit; il devint pensif; je continuai : c J'ai fait loyalement tout ce qui a dépendu de moi pour maintenir l'autorité de Votre Majesté et pour la retenir dans ses États; elle veut les abandonner; je la conduirai en sûreté jusqu'à la frontière, mais je n'irai pas plus loin. Je ne lui serais plus qu'un être à charge, inutile, embarrassant; je lui resterai inébranlablement attaché, dévoué, fidèle à mes serments; il peut survenir à l'intérieur tel événement en son absence, qui ne peut durer que quelques mois, et je pourrais lui être en France beaucoup plus utile qu'ailleurs, t

La résolution du Congrès de Vienne, du 13 mars, était

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