‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 245 sur 262 · EXELMANS ET NEY · texte numérisé non relu

EXELMANS ET NEY

comme il était en même temps» ministre d'État, il était parti pour rejoindre le Roi à Lille. En apprenant son départ, il ne voulut point le suivre à l'étranger, ni centrer à Paris; il me demanda de m'accompagner jusqu'à Amiens; nous flmes route ensemble. La ville de Doullens était encombrée de cavalerie; à la tête se trouvait le général Exelmans courant après la Maison du Roi. Comme je m'étais arrêté pour déjeuner, il vint me voir, assez embarrassé; il avait eu à se plaindre du gouvernement royal ; aussi avait-il embrassé chaudement la cause de Napoléon, c Comment! luidis-je, vous auriez le courage de tomber, le sabre à la main, sur de braves gens qui sont restés fidèles à leurs serments? Ehl que ne me faites-vous arrêter? car je garde aussi les miens et je ne servirai pas la cause que vous avez embrassée. Réfléchissez-y; tôt ou tard vous serez enveloppé dans les ressentiments qui ne peuvent manquer de vous atteindre; toutes les grandes puissances sont en marche vers nos frontières; craignez les vengeances d'une réaction! > Ces observations firent sur lui peu d'impression, parce qu'il était monté, aigri. C'est un excellent homme au fond, courageux, mais une tête ardente; il aurait bien rempli ses devoirs, si on l'avait employé. Il me promit cependant de ralentir sa marche et de respecter les individus.

Au relais suivant, un avant-courrier rencontra le mien ; il appartenait au maréchal Ney; il n'y eut donc pas moyen d'éviter celui-ci. Nous servions alors des causes bien opposées; au moment où nos voitures allaient se croiser, on cria de la sienne d'arrêter, c Vous vous rendez à Paris; allez, dit-il, vous serez bien reçu; l'Empe* reur vous accueillera bien. — Je le dispenserai de toute politesse, répondis-je, je ne le verrai point et je n'entrerai pas dans son parti. > Là-dessus nous nous remîmes

en marche. J'avais en effet résolu de ne m'arrèter à Paris que le temps strictement nécessaire pour régler mes affaires, de ne voir personne et de repartir pour Courcelles; quelques jours me suffisaient.

Le général Dessole ne voulut pas rester à Amiens; il ne se rappelait pas le nom d'aucun de ses amis dans cette ville et ne croyait pas y être en sûreté; il préféra se rendre aux environs de Paris afin de n'y entrer que de nuit. Je m'arrêtai à Écouen. Je fus assez questionné à la barrière, mais mon passeport étant en règle, on nous laissa passer; le pauvre général n'eut pas là plus de mémoire qu'à Amiens; il était fort troublé, très préoccupé de ce qui lui adviendrait; Napoléon ne Taimait pas. Je le prévins qu'au bas de la rue de Clichy je descendrais de voiture pour aller aux nouvelles; il crut que nous étions suivis; je m'en souciais peu. Nous nous séparâmes, lui, encore incertain de ce qu'il ferait, où il irait, n'osant pas rentrer dans son logis.

Je ne trouvai personne chez votre sœur de Massa, ni dans deux ou trois autres maisons de mes amis; je me décidai alors à rentrer chez moi. Mme de Sémonville, qui avait su que je devais arriver, m'y attendait, et je fus bien surpris de trouver le général Dessole avec elle. Il me dit qu'ayant remarqué, au moment de notre sépa> ration, que nos voitures étaient surveillées, il était remonté dans la mienne et qu'en entrant dans ma cour il y avait trouvé les mêmes observateurs; mon portier leur ayant demandé ce qu'ils faisaient là, ils avaient répondu qu'ils avaient ordre d'y être; cependant ils avaient fini par s'en aller. Je ne sais où Dessole avait envoyé sa voiture; je lui proposai un lit qu'il refusa, sans savoir cependant où se retirer, tant il redoutait une arrestation. Pour mon compte je ne craignais rien personnellement; j'étais garanti par les services que j'avais

Page 1