MATHIEU DUMAS 8S
nous. — U se trompe ou il vous trompe. Connaissezvoug la déclaration du Congrès de Vienne? — Non. — Lisez. — Cette pièce est-elle authentique? — Elle a été envoyée au Roi par M. de Talleyrand, et c'est le général Ricard qui l'a apportée à Lille, où elle a été de suite imprimée, publiée et affichée; je m'étonne qu'elle ne vous soit pas parvenue par estafette. — Diable I cela change la thèse. Puis-je l'emporter? — Vous le pouvez; j'en ai plusieurs exemplaires. > Il se retira. Quoiqu'il me parût très frappé, il continua ses fonctions dont il se repentit par la suite, où j'eus quelques occasions de lui rendre d'assez importants services.
Je renouvelai plus précisément mes consignes, que mon portier exécuta dès lors très ponctuellement. Le général Mathieu Dumas, qui avait été mon chef d'étatmajor lorsque je commandais l'armée des Grisons, se présenta; on lui refusa la porte. U était lié avec le maréchal Davout, auprès duquel il avait plus récemment occupé les mêmes fonctions ; je soupçonnais qu'il avait, de la part du maréchal et de Napoléon, une mission de même nature ; je ne me trompais point, car, ne pouvant arriver jusqu'à moi, il m'écrivit pour m'en faire part, ajoutant qu'il me suppliait de consentir à une entrevue ou à une visite aux Tuileries; je répondis si bien en motivant mon refus qu'enfin on me laissa tranquille. J'étais en très bons termes avec Mathieu Dumas; je regrettai de ne pas le voir, mais, dans nos positions respectives, je ne le devais pas.
Pendant mes courses à Lille et depuis mon retour, j'éprouvais de temps à autre une gène de respiration qui m'incommodait assez; c'était un préliminaire d'un accès de goutte qui se déclara la veille du jour fixé pour mon départ. Cette attaque fut très sévère; elle m'eût étouffé si l'on ne fût pas parvenu à l'attirer aux pieds; elle me
390 SOUVENIRS DU MARtCHAL MACDONALD
fit souffrir cruellement et j'en eus pour trois mois; mon départ fut donc forcément différé. Aussitôt que je fus rétabli, je me mis en route, mais je m'arrêtai à six lieues de Paris pour y passer une journée. C'est là que j'appris le grand désastre de Waterloo. Cette catastrophe terminant de nouveau la carrière politique de Napoléon, je renonçai à continuer mon voyage, dans la pensée que je pourrais concourir à hâter le retour du Roi, seul moyen de prévenir l'anarchie.
Les événements se pressaient; les débris de l'armée se reformaient sous Paris; Napoléon venait d'être forcé d'abdiquer; un gouvernement transitoire s'établit. Il voulut connaître l'opinion des généraux, indiqua une réunion et m'y fit inviter; je refusai de m'y rendre, par la raison que j'avais donné au Roi la démission de mon commandement et qu'en acceptant l'invitation qui m'était faite, je paraîtrais m'étre associé aux derniers événements et reconnaître un ordre de choses qu'il n'était pas dans mes opinions de servir. On avait, dès l'origine, fait de nouvelles levées, organisé des bataillons de fédérés; ils commençaient à venir, exaspérés, menaçant tout ce qui n'était pas des leurs, c'est-à-dire les partisans du gouvernement royal. Je me décidai alors à rentrer secrètement à Paris, afin d'être plus à portée de profiter des circonstances. J'y rentrai de nuit et allai prendre gîte chez un de mes aides de camp; j'y étais si bien caché que le lendemain tout le monde savait où j'étais. Cette découverte ne me nuisit point, au contraire ; elle favorisa une entrevue que j'eus avec M. Hyde de Neuville, qui m'apportait bien tardivement un billet de Mme la duchesse d'Angoulême, alors retirée à Londres, et des pouvoirs illimités du Roi, avec une nomination de membre d'un gouvernement occulte, pour ressaisir