CONSEIL INTIME
Tautorité aussitôt que possible. M. Hyde de Neuville, qui était parti de Gand depuis un mois, avait passé par Londres pour chercher le moyen de se faire jeter sur les côtes de France; on se battait sur la frontière; il n'eût pas été prudent de tenter de pénétrer par là.
Il y eut plusieurs réunions clandestines chez moi, où je venais de rentrer à découvert; nous avions beaucoup de partisans dans la capitale; on proposa de brusquer un mouvement royaliste; je m'y opposai, parce que je ne voyais pas les moyens de lutter contre le gouvernement transitoire à la tète duquel se trouvait Fouché, et parce que l'armée était trop exaspérée encore pour abandonner la cause dans laquelle elle avait été entraînée. Notre réunion était composée du maréchal Oudinot, duc de Reggio, de MM. de Sémonville, d'André, du Bouchage, du baron Pasquier et d'une ou deux autres personnes dont je ne me rappelle pas le nom. Le baron Pasquier entra pendant que nous discutions sur les avantages ou les inconvénients d'un mouvement à tenter; il amenait avec lui M. de YitroUes : tous deux sortaient de chez Fouché; ils déclarèrent que le mouvement était superflu, que le duc d'Otrante était dans les intérêts du Roi, qu'il avait reçu de lui des pleins pouvoirs postérieurs aux nôtres, que notre mission était connue, nos moindres démarches surveillées, et que nous échouerions immanquablement. Le baron Pasquier ajouta que, sous quelques jours, nous aurions par la force des choses ce que nous tenterions vainement d'obtenirpar d'autres moyens ; M. de Vitrolles confirma son dire; ils ajoutèrent qu'ils avaient toute la confiance du duc d'Otrante, qui ne faisait rien sans les prévenir et prendre leur avis. M. de Vitrolles était un royaliste ultra; il n'était donc pas suspect. On consentit à demeurer tranquille, mais on observa qu'il était convenable de faire connattre au
Roi le motif qui nous empêchait d'agir, en députant l'un de nous près de Sa Majesté, et l'on me demanda de remplir cette mission; j'acceptai. On alla en informer Fouché le lendemain; il désira causer avec moi; je montrai d'abord de la répugnance pour une telle entrevue; mais on me décida en m'assurant qu'il me serait fait part pour le Roi de choses qu'on ne pouvait confier au papier. On venait de traiter de la capitulation de Paris et d'un armistice; l'armée française se retirait de l'autre côté de la Loire.
A l'heure convenue, je me rendis aux Tuileries; c'est là que le gouvernement transitoire tenait ses séances. Je m'attendais à être reçu en particulier, mais je trouvai le duc d'Otrante et quelques-uns de ses collègues au milieu d'un grand nombre de généraux et d'autres personnes ; plusieurs vinrent au-devant de moi. Une vive discussion s'engagea; je les traitai très sévèrement, leur reprochant les malheurs que subissait la France, les accusant d'avoir provoqué les étrangers qui allaient être maîtres de Paris sous deux jours. Ils déraisonnaient à qui mieux mieux, au point que Fouché, méprenant à part, me dit : < Ce sont des fous, laissons-les. i Un de ses collègues m'interpella d'un ton hautain : c Monsieur le maréchal, vous allez trouver le Roi; dites^ui que nous voulons l'indépendance, la cocarde tricolore... > Je n'entendis pas la suite; je me bornai à hausser les épaules. Le règne de ce gouvernement transitoire allait finir. Fouché me confirma ce que nous avaient dit MM. Pasquier et de VitroUes dans notre réunion de la veille, qu'il travaillait dans l'intérêt du Roi ; il me pria d'assurer le Roi de son dévouement, de sa fidélité ; que s'il avait joué un rôle dans les événements qui finissaient, c'était pour le mieux servir; il m'engagea à le presser d'arriver et de précéder les étrangers, s'il était possible, afin d'empêcher