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L'ARMÉE D7. LA LOIRE 40S

d'un commandement si épineux, si difficile ; car il s'agissait là non plus de combattre l'ennemi, mais de combattre des opinions, et de faire subir à Tannée un licenciement dont on parlait déjà tout haut, seulement, disait-on alors, sons la forme d'un mélange des soldats et des officiers dans de nouveaux corps qu'on appellerait légions; il n'était question d'abord que de l'infanterie. Je représentai à Sa Majesté tous les inconvénients de la mesure pour ma situation personnelle et surtout pour les intérêts de 4'État; on s'était attendu à ma répugnance; le Roi mit tout en œuvre pour la vaincre, mais ce ne fut pas aisé. Portant toujours une grande affection à cette armée, malgré ses torts, et sans doute parce qu'elle les sentait, j'avais à craindre sa résistance aux mesures projetées, son excitation sourdement entretenue par les alliés qui poussaient à la reprise des hostilités, afin d'avoir un prétexte pour passer la Loire et exploiter un pays neuf; enfin, des préventions contre moi, qui n'avais pas pris parti dans le malheureux conflit des Cent-jours. Je me trompais en ce point, ainsi que j'en ai eu la preuve; l'armée estimait mon caractère, ma franchise, mes sentiments pour elle, et respectait mes opinions et ma conduite. Elle se rappelait qu'un an auparavant, j'avais pris les intérêts de l'Empereur et de sa famille, et que j'avais été le dernier à reconnaître le nouvel ordre de choses; je n'étais point le redevable de Napoléon qui m'avait longtemps négligé, laissé sous le poids d'une sorte de disgrâce, mais il était malheureux et j'avais tout oublié.

Le Roi insista tellement, avec tant d'opiniâtreté, sur le service personnel qu'il me suppliait de lui rendre — ce sont ses propres expressions — qu'elle vainquit la mienne, mais sous deux conditions formelles : la première, qu'il me serait donné toute latitude d'agir; la seconde, que je ne terais nullement chargé d'être Tin-

stniment des mesures qui pourraient être prises contre les individus, encore moins de leur exécution; ces deux points essentiels fixés, le Roi m'envoya au ministère de la guerre pour convenir de mes instructions.

Après m'avoir témoigné une grande satisfaction en apprenant que j'avais cédé aux désirs du Roi, le mare chai Saint-Cyr me dit qu'il ne se dissimulait pas la gravité de ce commandement dont le prince d'EckmOhl avait à satiété, insistant de plus en plus fortement par tous les courriers pour en être déchargé, et qu'il me priait de hâter mes préparatifs pour me rendre à Bourges le plus vite possible. Les ordonnances impolitiques du 25 juillet, par lesquelles étaient mis en jugement ou envoyés en exil plusieurs généraux et d'autres personnes qui avaient plus activement pris part au début des Centjours, étaient publiques, et — qui le croirait? — c'était sur le rapport de Fouché, duc d'Otrante, ministre de la police, qu'elles étaient rendues; de lui, qui, avant et pendant cette période, avait si largement participé à tous les événements intérieurs dont elle avait été remplie I J'étais fort soucieux de l'effet que ces mesures allaient produire sur l'armée. Une consolation pourtant m'attendait à Bourges; Massa, le mari de votre sœur, y avait été envoyé comme préfet, mais à son corps défendant; sa femme l'avait accompagné; j'allai descendre chez eux.

Grand bruit de ma venue, inquiétude générale, que je dissipai le lendemain, dans une visite de corps que je reçus et en tète de laquelle se trouvait le prince d'Eckmûhl; je l'avais mis au fait de ce qui se passait. Les généraux craignaient que mon portefeuille ne fût rempli que de mandats d'arrestation ou de destitution ; je les détrompai en les prévenant que j'avais une trop haute opinion de leur caractère pour croire qu'aucun d'eux

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