PORTEURS DE MANDATS
▼ersations de table, les audiences particulières firent le reste ; dès lors nous nous entendîmes fort bien. A la fin de ce jour, des gardes du corps déguisés se présentèrent, munis pour les commandants de la gendarmerie d'ordres qui leur enjoignaient d'obtempérer aux réquisitions de ces messieurs, pour l'arrestation des personnes nommées dans les ordonnances. Us m'exhibèrent leurs instructions et leurs pouvoirs, c Gardez-vous de vous montrer, leur dis-je ; car dans la disposition actuelle des esprits, je ne répondrais pas de votre sûreté; laissez-moi les calmer; j'ai déjà fait un grand pas. Restez ici cachés; je vais vous faire donner à manger, et préparer une chambre avec des matelas; nous verrons demain. > Us étaient bien éloignés de soupçonner mes intentions; pour plus de sûreté on les mit sous clef. Je ne savais où trouver les personnes menacées, pour les avertir. Le prince d'Ëckmûhl venait de me quitter; il partait le lendemain matin pour la campagne, je ne sais où, afin d'y attendre les événements ultérieurs. Je me rends bien vite chez lui ; je le préviens de ce qui arrive : t Faites avertir sur-le-champ, lui dis-je, tous les individus portés sur les listes; envoyez des courriers dans les cantonnements; ils auront ainsi huit ou neuf heures pour se mettre à l'abri. > J'ignore comment ils ont fait, mais ils ont tous échappé, même le général de Laborde qui avait la goutte en ce moment.
Le lendemain, je délivrai les ofQciers des gardes du corps : c Vous pouvez, messieurs, remplir maintenant votre mission >, leur dis-je. Ils se retirèrent; ils apprirent, je ne sais comment, les avertissements qui avaient été donnés et vinrent, quelques jours après, mejeprocher leur emprisonnement qui leur avait fait manquer leur mission; ils en rendraient compte, disaient-ils. c Vous ferez bien, répondis-je en riant; cependant vous me
devez des remerciemeots ; car je vous ai garantis d'an péril certain, si l'on eût soupçonné votre déguisement. — Nous l'aurions bravé, dit l'un d'eux. — Alors pourquoi vous déguiser ? > Cette réponse piquante les déconcerta, c Puisque votre mission est maintenant sans objet, repris-je avec fermeté, dans votre intérêt partez, quittez sur-le-cbamp Tarrondissement de l'armée; allez faire votre rapport. > Ils se retirèrent sans mot dire. J'ignore quel compte ils ont rendu ; le gouvernement a là-dessus gardé le silence ; mais feu le duc de Berry, chez qui durait le ressentiment de nos discussions, m'en écrivit assez aigrement ; il terminait par dire que, s'il était commandant à ma place, il ferait jeter les récalcitrants par les fenêtres ; à quoi je répondis que vraisemblablement on n'en aurait pas le temps et qu'on courrait le risque d'y passer d'abord soi-même.
Je mettais tous mes soins à calmer les irritations ; j'étais excédé de travail, accablé des plaintes des autorités sur les charges que leurs administrés supportaient. Les événements s'étaient tellement précipités que les départements situés au delà de la ligne d'armistice, de l'embouchure de la Loire à celle du Rhône, n'avaient pas été prévenus; aucun magasin ; on vivait au jour le jour sans être assuré du lendemain. Je ûs une nouvelle répartition des cantonnements, je les étendis, sans obtenir toutefois de soulagement ; car on avait déjà plus que mangé, on avait gaspillé, comme il arrive toujours lorsqu'on ne peut pas faire des distributions régulières ; mais je n'en finirais point si je continuais ces détails. Je reprends mon analyse.
Le règlement du licenciement vint enfin : la soumission fut assez générale; j'en adoucis l'amertume autant qu'il dépendait de moi ; je consolai les uns, donnai des espérances aux autres. Toute ma correspondance avec