LA GARDE ROYALE
le gouvernement fait foi de mes efforts et de mon intérêt à l'égard de chacun; et lorsque les hommes qui avaient fait partie de l'armée étaient opprimés, avilis par les gens de la réaction, je pris leur défense avec chaleur à la Chambre des pairs (i); tout cela est imprimé. J'ai eu aussi à me défendre personnellement, & propos de cette malheureuse opération du licenciement, contre Topinion opposée. Le parti dominant a voulu m'en récompenser par la place de grand veneur, ou par le don d'un bel hôtel ou d'une terre; on a insisté, j'ai opiniâtrement refusé. Ma délicatesse souffrait d'une pareille proposition : accepter une récompense, quand je concourais au malheur de tant de braves qui perdaient leur traitement d'activité, c'est-à-dire une partie de leur existence 1
On avait créé la garde royale; j'étais l'un des quatre majors généraux. On avait envoyé des officiers pour recruter dans l'ancienne garde impériale; c'était l'élite •de l'armée; un grand nombre prirent parti pour achever leur temps de service et avoir des pensions; c'étaient des modèles de sagesse et de conduite.
Le bataillon qui, l'année précédente, avait été formé pour servir de garde à l'Empereur à l'île d'Elbe, après avoir excité bien des méfiances, fut admis comme les autres; je l'avais fait venir à Bourges où j'eus le loisir de causer avec bon nombre d'officiers, sous-officiers et grenadiers. Tous m'ont assuré que, se croyant dans un -éternel exil, ils soupiraient après leur retour en France; ils furent donc charmés quand ils apprirent en mer qu'ils allaient faire une descente sur nos côtes de la Méditerranée; comme l'Empereury trouva partout accueil, sans
(1) Voyez mes discours sur la loi de recratement, dont j*étai8 rapporteur, sur la loi relative aux intérêts des absents, et surtout mon opinion dans la discussion de la loi sur les coUëges électoraux. Hôte du maréclukl Macdonald.
aucun obstacle, ils étaient heureux de fouler le sol de la patrie. « Mais, leur disais-je, si vous aviez trouvé de la résistance, si vous aviez été repoussés, vous seriez-vous rembarques, s'il vous eût été possible? — Non! oh non! répondaient-ils ; l'occasion de quitter cette Ne était trop belle, trop favorable pour vouloir y retourner. — Cependant, si vous aviez rencontré de l'opposition, auriez-vous attaqué, fait feu? — Non! non! nous ne voulions pas commettre d'hostilités, ce qui eût rendu notre cause mauvaise ; nous aurions mis bas les armes et demandé à rentrer dans nos familles. — Et vous auriez ainsi abandonné l'Empereur? — Nous lui avions donné assez de preuves de dévouement; chacun son tour. D'ailleurs, il a fait lui-même son malheur et le nôtre, et nous ne devions pas rester ses victimes. — Mais c'est par choix et pure volonté de votre part que vous aviez pris parti pour lui. — Oui, sans doute, mais nous croyions alors que c'était une garnison où nous serions remplacés; quand nous apprîmes dans l'île que c'était pour la vie, et comme nous y étions malheureux, le découragement, le chagrin nous prit; c'est donc avec bonheur que nous nous embarquâmes, sans savoir toutefois où nous allions, mais nous changions de place! > A l'exception delà plupart des officiers qui, par affection et reconnaissance, s'étaient attachés à la fortune, bonne ou mauvaise, de l'Empereur, et qui auraient bien voulu pouvoir raccompagner sur son rocher, tout le reste était ravi d'avoir revu ses pénates. Tel a été le langage constant de ces militaires que j'ai interrogés souvent et jusqu'à leur départ.
Le licenciement s'opérait partout avec calme; toutefois, quelques régiments de l'ex-garde se mutinèrent, ainsi les chasseurs à cheval et les grenadiers à Aubusson. Le prétexte, vrai ou faux, était l'acquittement de