‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 39 sur 262 · INTRODUCTION XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLI

devant elle, saluant de la main, sans adresser la parole à personne. Le prince Eugène, qui était en arrière, accourut : « Eh bien! dit-il joyeusement à Macdonald, TOUS avez été satisfait, j'espère : il vous a confirmé ce que je vous ai écrit de sa part. — Il ne m'a pas dit un mot. — Comment ! — Pas un mot; seulement un signe de tête, comme voulant dire : Je te connais, beau masque. » Le pauvre prince était tout contristé. La journée se passa en marches, en déploiements, en combats d'avant-garde; dans l'après-midi, l'armée d'Italie fut appelée en première ligne, en face de Wagram et de Baumersdorf; un ruisseau encaissé, le Russbach, la séparait des positions ennemies. La canonnade allait son train quand l'Empereur, apparaissant, dit au viceroi : € Donnez ordre au général Macdonald d'attaquer et d'enlever le plateau; Tennemi se retire ; il faut faire des prisonniers. » Puis il s'éloigna. Macdonald avait entendu : « L'Empereur estdans l'erreur, dit-il au prince; l'ennemi ne s'en va point, il se retire seulement dans la position retranchée qu'il a choisie pour recevoir la bataille. Lorsqu'on veut tenter une pareille entreprise, quoique nous n'ayons pas plus d'une heure de jour, ce n'est pas trop de faire donner l'armée tout à la fois. Allez ou faites faire ces observations à l'Empereur. — Ma foi non! il a donné l'ordre d'attaquer; attaquons! — Eh bien! attaquons! mais vous allez voir comme nous serons battus. > On attaqua, on eut d'abord quelque succès; mais quand on eut gravi les pentes du plateau, on trouva un tel déploiement de forces qu'il fallut

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redescendre; la nuit était venue, la retraite tourna en déroute; heureusement Tennemi ne suivit pas. Ainsi finit cette échauffourée.

Le lendemain, dès l'aube, la canonnade commença. L'armée d'Italie était placée comme la veille, entre le corps saxon de Bernadotte, à gauche, et le corps français de Davout, à droite. Celui-ci fut le premier engagé. L'Empereur survint, et s'adressant directement cette fois à Macdonald, il lui dit : c Vous avez enlevé hier soir le plateau de Wagram, vous en connaissez les abords, enlevez-le de nouveau; Marmont attaquera en même temps le village de Baumersdorf; vous vous entendez, ce me semble; je vais vous l'envoyer. » Marmont arriva; tous deux se concertèrent; mais tandis qu'ils préparaient leur attaque simultanée, l'Empereur avait déjà changé la destination de Macdonald. L'affaire allait mal à l'extrême gauche, le long du Danube, où Masséna, n'ayant que quatre divisions, avait à soutenir l'effort de soixante mille Autrichiens qui manœuvraient pour atteindre les ponts de l'ile de Lobau; s'ils y parvenaient, l'armée française, acculée au fleuve, sans retraite possible, pouvait être prise, cernée, enveloppée dans la plaine deMarchfeld. Averti de ce dangereux mouvement, l'Empereur s'était hâté de dégarnir le centre pour renforcer la gauche, et pour regarnir le centre affaibli déjà par la déroute du corps saxon, il appelait Macdonald. A toute minute des ofQciers d'ordonnance accouraient pour hâter sa marche. L'Empereur était sur un monticule; tout à coup, on l'en vit descendre de toute la vitesse de

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son cheval; Macdonald y courut, et du premier coup d'œii ii comprit le motif de sa retraite précipitée. Les Autrichiens arrivaient en masses profondes, n'ayant plus rien devant eux; quelques centaines de pas encore, ils coupaient en deux l'armée française.

Macdonald lança d'abord quatre bataillons au pas de course, puis quatre autres; il les déploya sur deux lignes, puis, pour appuyer ce fronton, il forma, en guise de piliers, le reste de ses divisions en deux solides colonnes; en arrière, et comme sur le seuil, il disposa une partie des escadrons de Nansouty, mis depuis le matin sous ses ordres. Pendant ce temps, à sa gauche, cent bouches à feu, de la garde, des siennes et du corps bavarois, s'alignaient au commandement du général Drouot et ouvraient sur l'ennemi un feu terrible; l'ennemi cependant avançait toujours, répondant de son artillerie, appelant sa nombreuse cavalerie à la charge. Macdonald n'eut que le temps de commander à la seconde ligne de sa tête de serrer sur la première, aux colonnes de droite et de gauche de former les carrés, et sur trois faces de l'imposant rectangle le feu de deux rangs commença. Les Autrichiens chargeaient à fond jusque sur la pointe des baïonnettes; partout ils s'y brisèrent; le feu cessa et la marche en avant fut reprise. Pour achever, pour confirmer le succès, il aurait fallu sans tarder une grande poussée de la cavalerie française; Nansouty fut trop ient dans ses formations; d'autres escadrons qu'on apercevait plus loin, en arrière, ne bougèrent pas. Macdonald se désespérait; il voyait à peu de distance

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