‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 55 sur 262 · INTRODUCTION LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXI

sant lai-même de l'épaule avec les canonniers. c Sur quoi voulez-vous tirer? dit le maréchal. — Sur cette ligne de cavalerie, là-bas, devant nous. — Mais elle est hors de portée. — N'importe. » Au dix-septième coup l'Empereur fit cesser le feu; puis, prenant Macdonald à part : « Vous êtes surpris que j'aie fait tirer. — Oui, parce que cette cavalerie, hors de portée, ne valait pas un coup de canon. — Peut-être; mais c'est qu'à toute volée on attrape toujours quelque chose, qui sait? un homme de marque; voyez Moreau, c'est un boulet perdu qui l'a tué à Dresde; voyez Bessières, voyez Duroc. » C'était une idée de fataliste.

On était vers le milieu d'octobre; l'ennemi ne montrait plus que quelques éclaireurs; il était, sinon évident, au moins très probable, qu'il manœuvrait pour tourner l'Empereur. Macdonald l'en avertit. Le lendemain il reçut l'ordre, d'abord de se diriger sur Wittenberg, puis de se rabattre sur Leipsick. Il y arriva le 16 octobre, premier jour de la bataille, assez tard dans la journée, mais encore assez tôt pour enlever à la baïonnette une position appelée la Redoute suédoise.

Je dois dire qu'à dater de ce moment, les Souvenirs, dont le résumé qui précède a déjà dû indiquer l'importance, ont une telle abondance, une telle richesse de détails serrés et précis, et en même temps une telle ampleur, une telle grandeur d'impressions et de sentiments, que je ne connais guère de morceaux d'histoire plus dramatiques et, comme on dit, plus suggestifs. Une analyse ne sufflrait plus; c'est l'œuvre même qu'il faudra lire.

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