‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 73 sur 262 · LXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXIV INTRODUCTION

avis fut donné au maréchal que les troupes ne souffriraient pas qu'elle fût passée par les princes. Macdonaid s*y rendit d'abord seul; il fut personnellement bien accueilli, salué même par des acclamations; mais quand, ayant fait former les carrés, il se mit à haranguer les troupes, à leur rappeler leur serment, à les exhorter au devoir, une attitude morne, un silence de glace lui proavèrent que ses paroles n'étaient pas écoutées. Il voulut voir les officiers à part; sans cesser d'être pour lui respectueux et pleins d'égards, ils ne répondirent que par des récriminations à ses discours. Tout était perdu; Monsieur et le duc d'Orléans avaient dû partir au plus vite; les éclaireurs de la troupe napoléonienne étaient proches et les reconnaissances qu'on avait envoyées fraternisaient avec eux. Les quais du Rhône étaient envahis par la fouie ; Macdonaid avait peine à s'y faire jour; il venait de donner l'ordre de faire sortir de Lyon toutes les troupes, quand un général osa lui dire : < C'est inutile, monsieur le maréchal, toutes les mesures sont prises pour empêcher votre départ. — Vous me connaissez sûrement trop bien, monsieur, pour croire que je puisse être facilement arrêté; je saurai me faire jour l'épée à la main. » Cependant il courut le très grand risque d'être pris; il fallut se mettre au galop et fuir à toute vitesse. Vers le soir, au sommet de la montée de Tarare, il atteignit enfin les voitures des princes; Monsieur lui donna place dans la sienne; les ducs de Fitz-James, de Polignac et le comte des Cars s'y trouvaient avec lui. Quel langage doit-on penser que Macdonaid ait tenu

INTRODUCTION LXXXY

alors? C'est à lai-méme qu'il faut le demander : < La conversation roula d'abord sur révénement du jour et ses causes, le mécontentement général, de l'armée surtout, le choix des ministres, leur incapacité en matière de gouyernement, leurs opinions intempestives, leur nullité et celle de leurs agents. Je dois cette justice à Monsieur et à ses officiers qu'ils me parurent convenir franchement des fautes commises; étaient-ils de bonne foi? Je le crois; la peur avait fortement agi. Monsieur dit qu'il allait éclairer le Roi et solliciter des réparations : t II est trop tard, répondis-je, l'élan est donné; mais je ne me dissimule pas les calamités qui vont fondre à la fois sur la France. Vous-même, Monseigneur, ajoutai-je, dans vos tournées, dans celles de vos fils, qu'avez-vous appris de l'opinion? Rien d'autre que les passions de vos partisans aveuglés par leur domination du moment. Vous avez dédaigné les hommes qui auraient pu vous servir utilement et vous conseiller. Il fallait attirer les militaires, vous mettre en rapport avec eux, mélanger vos officiers; ils eussent fraternisé ensemble; ils auraient été les anneaux de la grande chaîne. > Toutes ces observations étaient trouvées justes, sensées ; on répondait : C'est vrai, très vrai. Monsieur ajouta : c J'ai bien eu dans la pensée de prendre quelques-uns des officiers généraux pour aides de camp ; quarante ou cinquante m'avaient offert leurs services; mais la crainte de désobliger le plus grand nombre m'a fait ajourner le choix. » A Paris comme à Lyon, Macdonald eut le commandement supérieur des troupes ; ce ne fut pas avec un

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