INTRODUCTION XCV
Ici s'arrête le récit des Souvenirs, < Depuis cette époque, a dit le maréchal, aucune circonstance personnelle se rattachant à ma carrière militaire ou politique ne mérite plus d'être mentionnée. > Accablé par la goutte, hors d'état de monter à cheval, il se démit de la grande chancellerie, le 15 novembre i830, et se retira dans sa terre de Gourcelles où il mourut, le 25 septembre 1840; il avait soixante-quinze ans.
Le manuscrit a pour épilogue un souvenir caractéristique. C'était à Saint-Gloud, sous le règne de Louis XVIII ; Macdonald, major général de la garde royale en quartier de service, déjeunait à la table du Roi; il était assis à côté de Monsieur : < Avant la Révolution, lui dit son auguste voisin, vous serviez dans la brigade irlandaise. — Oui, Monseigneur. — Presque tous les ofDciers ont émigré. — Oui, Monseigneur. — Pourquoi n'avez- vous pas fait comme eux? Quelle raison vous a retenu en France? — Monseigneur, j'étais amoureux. — Ah! ah! monsieur était amoureux. — Oui^ Monseigneur, tout comme un autre; j'étais marié; j'allais être père; et puis. Monseigneur sait bien qu'il y a eu bien des motifs d'émigration; ce n'a pas toujours été le dévouement, l'opinion qui a déterminé, surtout parmi les jeunes officiers qui, comme moi alors., entendaient fort peu la politique, mais souvent de mauvaises affaires, quelques-unes fort sales, des dettes, etc. D'ailleurs, il faut que je fasse un aveu à Votre Altesse Royale. — Lequel ? — C'est que j'adore la Révolution. > Monsieur fit un mouvement de surprise et changea de couleur. < J'en déteste les hommes et les