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LE PÈRE DU MARÉCHAL I

conduit par trois guides sûrs : l'honneur, la fidélité, le désintéressement, et je me flatte qu'ils seront aussi les vôtres.

Courcelles-le-Roi, 6 août 1825.

J'ai heureusement terminé mon rapide voyage. Les côtes de France m'ont apparu comme la Terre promise; j'ai revu cette France, cette patrie si chère ! C'est aujourd'hui le premier anniversaire de votre naissance ; qu elle nous causa de joie et de bonheur ! Mais, hélas t que de regrets depuis et de souvenirs déchirants !...

Je dois maintenant vous parler de votre famille du côté paternel. Moi seul puis vous donner des détails que je ne savais qu'imparfaitement, mais que dans mon voyage j'ai recueillis sur les lieux. Votre grand-père paternel est né en 4719, paroisse de Coubry ou Boubry, en South Wist, Tune des Hébrides. Élevé en France au collège des Écossais, à Douai, il semblait que la carrière ecclésiastique dût lui être ouverte. J'ignore quels furent ses idées, ses goûts et ses désirs; mais ce que je sais, c'est qu'après avoir terminé d'excellentes études, il retourna dans son lieu de naissance. C'est là qu'il fut appelé par le prince Charles [Edouard] Stuart, surnommé le Prétendant.

Dans l'expédition désastreuse de 1745, mon père s'attacha à la bonne et mauvaise fortune du prince, comme un bon, franc et loyal Écossais. Leurs communs malheurs et ceux de tant d'autres furent comblés par la perte de la bataille de Gulloden en 4746, près dlnverness, dans la haute Ecosse. Les détails de ce désastreui^ événement sont consignés dans Thistoire et si généralement connus qu'il serait superflu de les répéter; mais ce qui l'est moins, ce sont les suites de ce désastre pour la vie du prince, forcé de se cacher pendant plu*

sieurs mois, de grotte en grotte, de rocher en rocher, pour sauver sa tôte mise à prix. Il erra d'tle en île, guidé par mon père, jusqu'à ce qu'une héroïne, Flora Macdonald, de l'île de Skye, vînt les soustraire à leurs persécuteurs et s'expoî^er ainsi pour favoriser leur fuite sur un bâtiment de guerre français. Miraculeusement sauvés, ils abordèrent en France. Votre grand-père fut placé dans le régiment écossais d'Ogilvy en qualité de lieutenant, et le prince ne se souvint plus de lui !

Après la paix de 1763, presque tous les régiments étrangers furent réformés; celui d'Ogilvy fut du nombre, et votre grand père, qui était proscrit dans son pays et abandonné dans celui-ci, fut réduit à une modique pension de trois cents livres. Presque immédiatement après, il fit ce qu'on nomme, en langage militaire, un mariage de garnison, ce qui veut dire qu'il épousa une jeune fille sans fortune. Votre grand-père s'était fixé à Sedan, où je suis né, lorsqu'il fut appelé par lord Thomas Nairn, proscrit comme lui, dans la petite ville de Sancerre. Le bas prix des vivres, et vraisemblablement celui du vin, qui est de bonne qualité, avait déterminé ces messieurs à s'y établir; d'autres Écossais les y avaient précédés.

C'est dans cette retraite, avec ses amis et ses livres, qu'il se consolait des rigueurs de la fortune. Il était fort studieux, versé dans les langues latine et grecque, qu'il parlait facilement, ainsi que le français, l'anglais et le gaélique, sa langue natale. Il ne revit jamais son pays, quoique, en 1784, un acte d'amnistie du Parlement d'Angleterre eût rappelé les proscrits. Il mourut en 1788, à Sancerre, vraisemblablement des suites d'une chute faite quelques années auparavant, et qui lui avait déboîté la hanche qu'un chirurgien ignorant ne put replacer. J'étais alors au service, en garnison à Calais. L'un de ses

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